Quel pur petit bijou ! Une idée audacieuse et simple : faire le portrait de deux jeunes adultes, célibataires et en début de carrière. Ils sont voisins mais ne se connaissent pas. Tout le talent des scénaristes est d’avoir structuré un montage parallèle, la vie de l’une, la vie de l’autre, de façon incroyablement dynamique, et qui sont un peu les transepts d’une même nef. Tout cela baigne dans un humour et une tendresse, une finesse psychologique, qui amusent sans longueur. Les deux acteurs, François Civil (*Le Chant du loup 614, Mon inconnue 643) et Ana Girardot, superbe de naturel, sont parfaits de justesse et de charme, les rôles qui les entourent sont tous d’une spontanéité et, souvent, d’une drôlerie, qui créent la sympathie. Les détails des récits sont à découvrir au fil du film, mais il est tellement bien écrit, tellement original, que l’on ne fait que s’amuser, parfois s’émouvoir, de ces deux portraits en miroir. Sans dévoiler quoi que ce soit, les RS (réseaux sociaux pour ceux qui ne sont pas « branchés ») sont décrits, utilisés et illustrés de façon magistrale. Rien que cet aspect du film vaut le détour.
Et vous y ajoutez le regard porté sur les psys ; très bien illustré aussi (La mère du réalisateur-scénariste était psychanalyste, et j’ai cru deviner son nom aperçu sur la porte de l’un d’entre eux : Meyer. Merci de vérifier pour moi). Autre réussite subtile du scénario, c’est l’évocation, une nouvelle fois, des désastres provoqués par les secrets, les non-dits, dans les familles.
Le réalisateur s’est fait brillamment connaître par L’Auberge espagnole et Les Poupées russes. Ce qui nous lie (410) était un film
« rural » très réussi également. Ici, nous sommes au cœur d’un Paris nouveau, celui de la cohabitation multiculturelle paisible, rêvée sans doute par Anne Hidalgo qui fut soutenue politiquement par le réalisateur. Certaines scènes de vie professionnelles sont très finement montrées et une conversation téléphonique avec une respectable vieille dame est un petit moment de roi. Renée Le Calm, avec le même réalisateur, était vedette dans son film Chacun cherche son chat. Il me semble que la bande sonore est très intéressante à un double titre. La musique est remarquablement adéquate, comme transition entre les séquences, autant que comme accompagnement de celles-ci. Et vous écouterez les subtiles juxtapositions des voix, souvent « off » qui donnent très brièvement aux propos tenus, souvent, un supplément d’absurderie très amusante. Le cinéma français intéressant qui réconcilie avec ce qui se produit en France. Mais qui fâche lorsque l’on découvre que son financement est partiellement dû au tax shelter, sans que rien, strictement, ne semble être belge dans cette production.