Il n’y a pas loin du Capitole à la roche tarpéienne. Telle pourrait être la morale de ce film qui nous présente la vie du maire de Lyon, socialiste « à l’ancienne » qui se pose les 3 questions que son âge soulève : celle de sa motivation, celle de son énergie, celle de son avenir. Alice est la personne qui nous fait entrer dans les méandres de la vie professionnelle et des réflexions qui nous sont partagées durant ce film très sympa, léger, écrit sur un ton qui se veut badin et journalistique, en amenant le spectateur au cœur de cette rencontre entre une jeune femme très diplômée et un homme arrivant au terme de son parcours. Alors toutes sortes de leviers narratifs sont utilisés : la jalousie des collègues, le carriérisme outrancier, les rencontres improbables, le retour aux relations amoureuses anciennes, un peu oubliées, qui sont soudain ravivées, quelques dérives mentales amusantes mais qui amènent à l’exclusion sociale. Bref, les petites saynètes s’enchaînent de façon plaisante, avec des moments de dialogues dans lesquelles Luchini excelle, avec cette façon d’imposer ses réactions, ses mimiques, avant de dire son texte, ce qui lui donne ce style si amusant, irritant parfois, parce que trop répétitif.
Dussolier, la vedette du film précédent du même réalisateur, avait recours au même système de jeu ! Mais les textes sont bien écrits, abordent des questions très à la mode, sur l’écologie responsable, sur l’avenir des grandes villes, tous des sujets dans l’air (pollué) du
temps. A mes yeux, c’est Anaïs Dumoustier qui « fait » le film. Elle est une Alice d’une modernité, d’un naturel et d’un charme parfaits. Voilà une comédienne qui travaille depuis 20 ans et que je ne crois jamais avoir vu, sinon dans ce détestable Au poste (524). Ce film-ci va la propulser, je le lui souhaite, vers des scénarios et des réalisateurs de grand talent. Nicolas Pariser ne m’avait pas convaincu dans Le Grand Jeu (233) film qui abordait déjà le sujet de prédilection de ce réalisateur : la politique. Il la présente de façon manichéenne : ceux qui agissent et ceux qui pensent.
Cela donne au film une mise en scène un peu convenue, faite pour souligner, de façon appuyée, les moments qui se veulent révélateurs : les protagonistes marchent beaucoup, se déplacent sans cesse, sont interrompus à chaque instant, et une seule scène, la préparation d’un discours, leur laisse le temps dans un long plan, de dialoguer. Mais cela ne mènera pas à grand-chose, vous le découvrirez avec plaisir un soir de sortie avec des copains que la vie politique française amuse. Le film amuse aussi, un peu. Petite curiosité technique : le film est tourné en 35 mm. Que chacun apprécie ce choix en analysant les images du film qui se veulent
«plus belles » que si elles avaient été filmées en numérique... Le son est dû, très partiellement, à des prestataires belges, à cause de la coproduction avec Scope ; qui n’a pas obtenu de tax shelter. Cette fois-ci... Il y a dû avoir un Bouchon.