Cher Willy,
La vision de «*Modus Operandi*» que je me suis empressé de faire au Vendôme dès qu’il m’a été possible, m’a donné toutes les émotions que j’en attendais.
D’abord celle qu’un très bon film procure par sa rigueur narrative, par l’équilibre de sa structure, par la qualité et la diversité des témoins tout à la fois pudiques, bouleversants et courageux.
Ce courage, vous l’avez assumé sobrement, mais fermement, à tous les niveaux. Celui de dire l’histoire lorsque ce discours est refoulé socialement, celui de réveiller des douleurs indicibles, celui enfin d’aborder toutes les facettes d’un tourment sans égal pour notre société et notre conscience citoyenne.
Ensuite la richesse et la précision des documents proposés, la rigueur de la narration et l’éclairage historique, certes limités au regard des livres enfin publiés sur ces questions, mais sans ce regard justement de ces femmes, de ces hommes victimes ou bourreaux que l’on découvre face-à-face tout au long du récit. Regard implacable qui en font nos plus intimes parents ou nos plus abjects ennemis.
Enfin la nécessité de ce film qui s’inscrit dans un irremplaçable et difficile travail d’affermissement des souvenirs lorsqu’ils deviennent Histoire. Ce film doit être vu par tous et être complété par les lectures et les récits nécessaires, tout à la fois pour sa contextualisation et à cause de sa douloureuse actualité.
Je suis particulièrement sensible à cette période de l’histoire, tant pour des raisons familiales que parce que je ressens depuis toujours la nécessité de la regarder en face.
Ton film, me semble-t-il, ne fait l’impasse sur rien. Et la fin est un réquisitoire adressé par Thémis à Cleo. Sans concession.
Merci à toi et à ceux qui ont consacré tant d’énergie et de talent à ce que l’usure du temps ne fasse pas d’affront à toutes ces victimes qui nous sont si proches.
A bientôt.