Un film de très grande qualité, tant par ses intentions que par sa réalisation, classique, servie par des acteurs tous parfaits. Guillaume Canet assume une prestation très complexe avec conviction, Veerle Baetens si souvent admirée - Broken Circle Breakdown (087), Un début prometteur (169), D’Ardennes (171), Duelles (657)
e.a. - est d’une force et d’un naturel impressionnants, les deux enfants m’ont semblé très « justes » alors qu’ils sont amenés à participer à des moments éprouvants. Samir Guesmi fait une prestation remarquable ; un second rôle comme le cinéma français en manque tant. Et Rufus m’a semblé magnifique. Quel acteur !
Tous ce petit monde est embarqué dans une histoire apparemment banale, un peu comme Ce qui nous lie (416) : la reprise de l’exploitation familiale, ici, lorsque le père devient trop vieux et que le fils fonde une famille.
Dans cette ambiance rurale d’une exploitation mi agricole mi caprine et avicole, les choses devraient se passer bien, d’autant que la famille est dynamique et heureuse. Le film nous fait partager l’évolution de ce genre d’entreprise, ses difficultés, ses risques et ses échecs. Voilà l’histoire. Malgré les deux drames qui marquent le récit, elle pourrait paraître un peu mièvre, mais à bien y réfléchir, elle me semble très riche d’enseignements. Celui du courage physique d’une famille d’entrepreneurs, en particulier dans une ferme, celui d’une activité très fragilisée par des mouvements économiques sur lesquels nul n’a de prise : le prix du blé, celui du
bétail. Il y a le rôle des banques, des industries qui gravitent autour des fermes, pour les équiper, les fournir en aliments pour bétail, en herbicide... Personne n’est diabolisé, mais les croquis sont suffisamment précis pour que chacun puisse comprendre que le destin des fermiers les rend otages des forces qui les dominent implacablement. Et c’est là que le film est original, interpellant.
A l’époque où toute la jeunesse est dans la rue pour défendre la planète, où Extinction Rébellion devient une attitude de lutte sociale essentielle, il est bon de prendre en considération ceux-là qui tirent du sol ce dont nous nous nourrissons.
Le réalisateur avait une expérience de documentaliste sur le monde agricole dont il est issu : dans son premier long métrage Canet incarne son père. L’ampleur de la campagne est soulignée par de très belles et vastes images (en cinémascope), la musique très diversifiée contraste les moments, et entendre Barbara dans Dis, quand reviendras-tu ? est particulièrement émouvant dans la séquence qu’elle enchante. Les dialogues sont parfaitement audibles, cette fois, parce que le preneur de son est belge, comme l’actrice principale, ce qui sans doute, justifie l’intervention du tax shelter pour un film franco français qui se déroule en Mayenne.
Ce genre de cinéma de loisir intéressant mérite qu’on le considère et le soutienne.