Autoportrait. C’est ce à quoi nous assistons de façon chronologique, une sorte d’auto-filmographie sans réel point de vue parce que le point de vue est celui de Charles Aznavour sur lui-même. Pas le point de vue d’un cinéaste-monteur qui se serait emparé de 40 heures de rushes, images filmées par Aznavour ou à sa demande durant toute sa vie, tournées à chaque tournée, à chaque moment d’une vie qui nous est dévoilée par petits fragments arrachés à la presse people.
Deux choses fascinent : Le narcissisme vertigineux de cet homme seul qui s’est fait par son seul talent et sa seule volonté. Le niveau très simpliste de ses textes de chansons, rédigés comme une histoire mise en musique mais sans égard pour l’art d’écrire un texte à chanter.
Aznavour a souffert toute sa vie de n’avoir jamais été considéré comme un grand auteur de chansons, malgré ses indéniables et nombreux succès. Il n’est jamais cité parmi celles et ceux qui font référence, et cette souffrance, il l’a compensée par son arrivisme et son avidité. Dans un très joli portrait réalisé par Marie Drucker, Aznavour expliquait cette douleur de façon très sensible.
Et ce film-ci lui ressemble. Il est le centre de tout mais il n’est jamais vraiment au sommet. Ce qui n’enlève rien à ses talents : acteur de cinéma, chanteur de charme, auteur de jolis textes, de belles musiques, un homme engagé pour défendre les petits, les migrants, ceux qui lui ressemblaient et qu’il a chanté avec une belle émotion qui, par sa voix, unique, hantera longtemps nos mémoires. Sa voix est son mode d’expression, pas son regard.