Ce très beau film documentaire est un hommage au sculpteur André Willequet (3 janvier 1921 - 1er juillet 1998). Il est une élégante et rare réussite dans ce genre qui verse souvent dans l’hagiographie ou le cours d’histoire de l’art. Ici, nous allons retrouver, découvrir l’homme dans son immense richesse et sa grande complexité.
Mais c’est d’abord l’affectueuse sympathie qui déborde de ce touchant témoignage. De nombreuses personnes, sa fille Martine, son fils Pierre, en parlent avec tant de tendresse, d’humour et de profondeur. Sa seconde épouse, Françoise, nous égrène mille informations qui permettent de partager l’intimité d’une passion, celle de l’art, celle de l’homme pour l’art et celle de l’homme pour sa femme, avec une infinie pudeur qui n’enlève rien à l’ardeur qui anima cet homme solaire.
Tant d’amis, artistes, historiens, collectionneurs et mécènes, amateurs de son art, témoignent avec intelligence, finesse, nuance, des grandes qualités, multiples, de l’homme et de son talent. Il l’exerçait sur la pierre, le bois, avec des bronzes, en dessinant, comme si aucune forme de l’expression des formes ne lui était étrangère.
Une des choses subtiles qui enchante dans le film, est l’alternance discrète, presque imperceptible, entre le noir et blanc, et la couleur. Les photos anciennes, les films d’autrefois. Puis soudain, la lumière d’aujourd’hui, de très belles images de nature, les arbres, l’eau... qui replacent l’œuvre dans son environnement naturel, ce-lui de la vie.
La bande sonore est agrémentée de musiques et de sons qui la rendent plus vivante qu’un film de reportage. Mais surtout ce sont les jeux des voix, jamais bavardes, qui animent le film. Celles des personnes interviewées, celle du narrateur, et celle, essentielle, qui lit des textes d’André. Et la surprise est éblouissante : André sculptait les mots comme les matières qu’il a transfigurées. Les extraits, subtilement sélectionnés et agencés dans le cours du récit, donnent d’André une profonde dimension philosophique, pas celle austère des savants, mais celle si chaleureuse des vivants, de ceux qui vont au bout de leurs regards, de leurs envies, de leurs pulsions créatrices.
Il me semble que ce film rend tout cela simple, évident et que grâce à ce talent qui sert le talent, il dépasse le portrait et, comme peut-être André l’aurait apprécié, il ouvre l’esprit, prolonge la réflexion sur ce que l’art exprime sur notre destin.
C’est captivant, essayez que cela ne vous échappe pas !