Un très impressionnant film militant, féministe, très sensible et admirablement mené. Nous sommes en Algérie, dans les années 90 du siècle dernier où l’islamisme crétin se manifeste comme une nouvelle peste, s’attaquant à tout ce qui relève de l’esprit, de la culture, de l’intelligence, de la liberté et de l’autodétermination comme il a été dit par quelqu’un d’autre, mais cette fois, au niveau simple de son propre corps. C’est une forme joyeuse de film choral, avec un groupe de jeunes femmes qui vont incarner, bien entendu, des destins différents, contrastés, mais qui dépeignent avec nuance et vigueur le sort réservé aux femmes de cette génération.
Les écueils rencontrés, parfois mortels, sont toute la palette du machisme individuel mais aussi l’emprise sur les cerveaux, petit à petit écervelés, de ces hommes et femmes en quête d’idéaux, ou qui se conforment plus simplement aux archétypes dominants.
Ce groupe de joyeuses jeunes filles logées dans la cité universitaire, cristallise son envie d’affirmer sa différence, son indépendance, sa soif de modernité dans un projet emblématique : un défilé de mode organisé par l’excellente jeune comédienne Lyna Khoudri.
Ce récit va vite, il est complexe mais très lisible, avec des moments d’intense émotion qui créent l’empathie pour ces femmes, au-delà de nos différences culturelles. À y bien songer, il n’y a pas si longtemps que le clergé imposait aussi, dans nos pays, le même genre de violences morales. Mais sans recours aux armes à feu. La façon dont la caméra capte les images est exemplaire de ce qu’une écriture spontanée, peut-être parfois brouillonne, permet de restituer de vrai, de fort, de tactile à travers de très nombreux gros plans, cadrés en écran large ! Spectaculaires de mobilité, de vivacité. Une chose rare et belle est le contact visuel avec le corps, la peau, les maquillages, mais aussi avec l’émouvante préparation du cadavre d’une femme à enterrer.
Le film est à voir par une très large population, jeune, d’une belle mixité sociale, à débattre comme d’autres films qui traitent de sujets proches, car ce qui est montré là peut surgir comme une nouvelle peste brune, partout.
Le film n’a strictement rien de belge, mais quelques prestataires techniques justifient l’intervention du tax shelter amené par Scope Invest, pour une fois, dans une démarche militante qui tranche avec le cinoche franchouillard.