Garde à vue façon Zola, sans la moindre lumière, ce très bon film nous dépeint la vie policière ordinaire dans une ville en ruines. Les bâtiments, les gens, l’environnement, tout est dans un état d’abandon, de délabrement, l’angoisse « no future » a envahit les cerveaux d’une population précarisée dont nous découvrons par petites touches intimistes, l’irrévocable naufrage social et moral. Tout le récit est centré sur l’action du chef de la police et de son équipe, hommes et femmes engagés dans une désespérante quête de justice. Mais l’on voit très bien que les juges resteront impuissants lorsque leurs seront transmis ces dossiers qui sont un mélange de misère sociale, de désespérance et de délinquance à divers degrés, selon les cas. Le chef de la police, Daoud, est enfant du pays. Il va déniaiser Louis, jeune recrue idéaliste et habité par une foi religieuse « à l’ancienne » comme on espérait en être désintoxiqué. Il y a les bad cops et les good cops qui alternent leurs aboiements ou leurs suppliques dans les interrogatoires qui tentent de montrer une forme d’humanité à celles et ceux qui en sont dépossédés par la misère ambiante, accentuée encore par les fêtes de fin d’année, perceptibles par de minables lumières de voirie ou d’arbres de Noël en plastique. Roubaix est la ville d’enfance de ce réalisateur très cinéphile, intellectuel et engagé socialement. Son travail est celui d’un cinéaste, très soigné, délivrant des images d’une grande densité, tant émotionnelle que photographique (Desplechin en a la formation) que graphique par
des cadres très serrés, puissants. J’avais commenté Les Fantômes d’Ismaël (408) du même réalisateur, en le piétinant.
Ce film-ci me semble digne du plus grand intérêt, même si le mélange des intrigues le rend prévisible et si les personnages sont un peu clichés, sans grande évolution. Mais non sans saveur, celle qui laisse un goût de cendre dans la bouche, celui de l’échec profond d’une société désenchantée. L’acteur principal, Roschdy Zem, est un baroudeur du cinématographe, policier e.a. et réalisateur aussi Chocolat (220). Il m’a semblé très convaincant comme chaque actrice, chaque acteur, tous habités d’une profonde et désespérante humanité.
Ce film tente-t-il de nous dire que dans les ténèbres les plus profonde une lumière luit ? Nous en faisons le pari.