Une histoire comme il s’en li(sai)t dans d’épais romans pleins d’aventures, de conflits familiaux, de cette vie faite d’épreuves et de passion. La Chartreuse de Parme est peut-être un aïeul de ce roman de Martha Batalha qui a été publiée ailleurs que dans son pays... avant d’y être adapté au cinéma. Il y a un souffle dans l’histoire du film qui évoque Paulo Coelho, Gabriel García Márquez, ces chroniques longues, qui rendent compte de vies peu ordinaires de gens ordinaires. Ici, deux sœurs issues d’un couple dont le mari est boulanger.
Le destin de ces deux jeunes femmes nous sera dévoilé petit à petit et parallèlement, car la violence morale du père les séparera à jamais. Ou presque...
L’une des choses frappantes dans ce récit qui débute dans les années 50, est la façon dont la sexualité est imposée aux jeunes femmes. Une espèce de veulerie souvent brutale qui donne à ce film une subtile dimension féministe. Filmée avec tact mais une
grande force rarement ainsi mise en scène. Et tant d’autres aspects de la vie de ces deux femmes sont abordés, développés avec subtilité, que l’on ne s’ennuie pas un instant durant les 2 heures 15 que dure le film.
Les choix quasi picturaux de l’image, des tons, de décors, des éclairages, semblent inspirés, pour partie, de certaines œuvres de Frida Kahlo, ce qui donne un « ton » au film et une sorte d’écho à ces destins de femmes, particulièrement douloureux. Comme les deux styles de musiques qui, très contrastés, certes, témoignent du travail de la sœur pianiste classique, mais aussi, de façon très lyrique, des tempêtes intérieures qui se déchaînent dans leurs émotions.
C’est une belle chronique, très touchante, filmée de façon très personnelle pour nous rendre visibles ces histoires lourdes d’émotions intériorisées. A voir lorsqu’on est en appétit d’un film exigeant, original et profondément touchant.