C’est le titre de l’un des airs chantés par Aretha Franklin, dans un temple baptiste durant deux journées de tournage sous la direction de Sydney Pollack, oui, le réalisateur de Out of Africa, On achève bien les chevaux e.a. Tourné les 13 et 14 janvier 1972, ce concert a fait l’objet d’un vinyle culte, le plus vendu, dit-on, dans le genre Gospel.
Mais le film ne fut pas mené à bien. Maintenant il l’est, et pour notre plus grand plaisir.
Nous sommes dans un endroit intime, réunissant la chorale locale, les musiciens de la chanteuse, le pasteur pianiste très charismatique et talentueux. Et cette frêle chanteuse, au regard presque éteint tant elle semble méditer, chercher en elle ce qui va exploser par sa voix inimitable. Son visage rond, de belle jeune fille bien comme il faut ne laisse pas prévoir la puissance vocale et émotionnelle qui jaillit de cette gorge que l’on croirait faite pour de fins colliers en fausses perles.
Cinq cameramen ont filmé en 16 mm vingt heures d’images inutilisables car non synchrones avec le son. Incroyable bévue technique qu’il fallut près de 50 ans pour surmonter. Il fallut aussi que l’ayant droit de la chanteuse accepte ce que la défunte star avait refusé. Manifestement à tort. Le film est d’une rare intensité pour une si modeste mise en image. Le grain de l’image, sans doute dû à la pellicule 500 ASA, les couleurs marquant l’époque, les mises au point et les zoom hésitants donnent une perception qui, au regard, doit correspondre au charme des sillons du vinyle, pour les oreilles. Le déroulement de ces deux concerts, sans artifices de lumières, de costumes, d’effet visuels, est totalement centré sur la voix, la ferveur qu’elle provoque et la communicative empathie du public dont on ne sait s’il est ému par la religiosité des propos ou l’immense émotion qui se communique vers chacun. Et en particulier un certain auditeur que vous reconnaîtrez avec amusement.
Un moment rare au cinéma, d’une grande sobriété, sans histoire, mais au service d’un talent exceptionnel.