Œil pour œil. C’est, d’une façon lapidaire, une possible manière de résumer ce film coup de poing, absolument passionnant, qui vous vrille dans votre fauteuil. Il se déroule à Montfermeil, l’une de ces municipalités du 93 dans la banlieue parisienne, réputée de « non droit ». Municipalité où Victor Hugo fait se rencontrer Jean Valjean et Cosette dans le roman éponyme du film qui n’est pas une comédie musicale mais un puissant cri d’alarme sur la situation ingérable d’une population délaissée qui essaye, de toutes sortes de façons, de surmonter le naufrage dont nous découvrons la désespérante et inéluctable violence. Le scénario est écrit au scalpel, qui présente 3 flics de terrain qui galèrent comme ils peuvent pour éviter l’embrasement de ce quartier invivable. Parfois un peu forcées, caricaturales, certaines scènes montrent les enjeux vertigineux, ceux des trafiquants de drogues, ceux des prosélytes d’un islamisme radical,
ceux de la prostitution banalisée, ceux qui collaborent avec l’autorité et essayent de la représenter au contact d’une jeunesse prête à exprimer sa révolte devant ce « no future » insurmontable. Une scène de confrontation entre les gens du cirque et les habitants est exceptionnelle. Comme le sont les dialogues écrits avec l’encre qui ne coule que dans ces endroits. Le réalisateur signe ici son premier film, un coup de poing et un coup de maître. Deux films sont annoncés qui devraient compléter cette véritable autopsie de la vie de ces français bigarrés que le football semble seul à même d’intégrer dans leur patrie, au XXIe siècle. Le film rappelle, tellement à propos, qu’il n’y a pas que l’urgence climatique qui doit focaliser l’action politique. Agir pour les banlieues est une autre urgence que ce film rend impérieuse, comme d’autres avant lui, depuis des années, urgence qui inspire ce genre de films, loin d’être misérable !