C’est un « petit film » d’une grande intensité, que la modestie des moyens et la simplicité dépouillée du scénario rendent particulièrement touchante.
Ernesto, le jeune homme dont nous suivons le travail, la quête, fait des recherches très éprouvantes, au Guatemala, celles de l’identité des corps déterrés dans les charniers de la guerre civile.
Aucune image ne choque, seuls des regards, des témoignages, des silences bouleversants donnent à cette activité une dignité qui s’impose.
A cela s’ajoute ce que vous découvrirez en voyant ce film à soutenir absolument : l’implication personnelle de ce jeune homme dans le drame qu’a vécu son pays, sa mère et son père disparu.
Cette histoire se déroule dans ce pays d’Amérique centrale coincé entre le Mexique et le Honduras et qui fut brièvement et partiellement une colonie belge, sous le règne de Léopold Ier.
Le film évoque une période récente terrifiante de guerre civile qui fit plus de 200.000 morts et qu’un accord, fin décembre 1996, put interrompre.
La tragédie de cette vie politique de luttes sanglantes n’est qu’évoquée pour deux raisons subtilement dosées dans le scénario : l’apaisement est en marche et nécessite, comme en Espagne, comme au Cambodge, e.a. que les morts soient honorés. L’autre raison est plus personnelle, au travers du destin de deux femmes, dont la mère du héros. Ce qui nous est très élégamment évoqué, avec une infinie pudeur, c’est ce que l’on sait en tant de lieux et de moments de l’histoire de l’humanité. Avec ses secrets si lourds à porter par leurs détentrices, bien malgré elles puisque, comme l’indique le film, ce sont « nos mères ».
Le film est « belge » par sa production et son financement en tax shelter. Il entre dans ce cinéma que la Belgique peut s’enorgueillir de coproduire et soutenir, donnant à des réalisateurs « internationaux, citoyens du monde », comme nous en connaissons beaucoup en Belgique, les moyens de faire entendre leurs voix, même si elles parlent, comme ici, espagnol, ou arabe, ces langues qui appellent un immense besoin de solidarité. Le film représentera la Belgique aux Oscars en février. Qu’au moins en Belgique, il fasse l’objet d’une attention bien méritée.