L’histoire se déroule entre le 25 janvier 2015, jour des élections qui donnent la majorité au parti grec Syriza et installe Alexis Tsipras comme premier ministre avec son flamboyant ministre des finances, Yanis Varoufakis, et la démission de celui-ci, le lendemain du 5 juillet de la même année, suite à un référendum qui avait pour objet de légitimer les accords du gouvernement grec avec les autorités politiques européennes et monétaires internationales.
Le film met en scène de grandes figures qui, à l’époque, gèrent l’Europe : Jean-Claude Juncker, Mario Draghi à la Banque centrale Européenne, Christine Lagarde au FMI, le gouvernement grec et tout cela est assez crédible grâce à l’emploi, par chacun, de sa langue d’origine. Le ministre des finances allemand est particulièrement bien scénarisé, Wolfgang Schäuble, en chaise roulante.
Cet handicap, il le doit à un attentat à l’arme à feu dont il fut la cible. L’homme est d’une très sévère autorité, protestante, et d’un caractère très trempé. Cela donne lieu à de très bonnes scènes de confrontation.
Inutile d’attendre dans le film des actions spectaculaires, des cascades, des parties de jambes en l’air. Tout se passe dans d’austères bureaux en Europe où, essentiellement des hommes négocient très âprement pour faire valoir leurs points de vue.
Et malgré l’extrême complexité du sujet, le suspens est intense et le spectateur se croit même, un moment, capable de comprendre les tenants et aboutissants d’une des crises économiques les plus longues et les plus compliquées de l’après-guerre. Au début du film, l’église orthodoxe est vivement et brièvement épinglée pour sa part de responsabilité dans ce marasme et sa volonté hégémonique sur le monde politique.
Le film me semble très réussi qui s’attaque à une matière rarement scénarisée mais qui l’est ici essentiellement pour montrer, révéler parfois, les mœurs barbares qui sont le quotidien de ce monde de Janus. Une face pour la presse et l’opinion publique, une autre pour des face-à-face d’une violence de boxeurs. Un film passionnant qui se mérite.