Sarajevo, pendant le siège, et vous resterez cloués à votre siège tant ce film est puissant, magistralement réalisé, interprété, mis en image. Ce siège dura 4 ans ; il débute le 5 avril 1992 et fit sans doute
5.000 morts et prit fin officiellement le 29 février 1996 après les accords de Dayton. Le film ne couvre pas l’ensemble de cette longue tragédie mais il montre le rôle à tout le moins ambigu joué par la France qui occupait des postes clés dans les Forces de l’ONU restées très passives devant les agresseurs serbes.
Le cadre étroit des images en 4/3 télé donne tout de suite l’impression que nous sommes en plein reportage. Le traitement pictural de la lumière est magnifique, bleu glacé, brun de terre, gris de tristesse et de délabrement, avec ici ou là quelques éclats rouges qui tranchent avec le blanc de la neige. Contrairement aux infos télé habituelles, ici les blessés et les morts sont montrés. Sans volonté de voyeurisme (ce n’est pas du Tarantino) mais avec un souci de cohérence : lorsque l’on parle d’un drame qui a duré 4 interminables années pour 400.000 habitants, il serait hypocrite de jeter le manteau de Noé sur les victimes de cette abomination que nul pouvoir ou autorité internationale n’a été à même d’enrayer.
La caméra est particulièrement bien utilisée, incroyablement agile, accompagnant de façon très puissante chaque moment, et il y en a, en rafale, dans cet espèce de biopic, puisque le personnage central que nous suivons est inspiré d’un journaliste, Paul Marchand, qui a vécu ce siège et ces drames. Le montage est particulièrement dynamique, dû à Mathilde Van de Moortel, e.a. césarisée pour Mustang
(149). Ce film est le premier long métrage d’une personnalité canadienne qui a déjà excellée au théâtre notamment. Le rôle de Paul Marchand, journaliste de guerre (Beyrouth et Sarajevo), grande gueule du milieu, qui mit fin à ses jours par pendaison, est admirablement incarné par Niels Schneider, vu déjà dans le rôle de Saint-Juste dans Un peuple et son roi (542) et deux fois comme partenaire de Virginie Efira dont il partage la vie : Un Amour impossible (561) et Sibyl (662)
Ce film palpitant ramène en mémoire le sort de ces trois pays, la Croatie, la Serbie et la Bosnie-Herzégovine qui se sont étripés e.a. au nom de leurs croyances religieuses, catholiques, orthodoxes et musulmanes dont la sous-catégorie salafiste a joué le rôle que l’on sait sur d’autres territoires martyrisés. Ce film rappelle aussi une des pires époques sans doute de l’après-guerre de 40 en Europe. Il impose une immense sympathie pour exorciser le diable.