Ce film est au cinéma ce qu’un somptueux repas est à la gastronomie étoilée. Tout y est parfait, chaque ingrédient est subtilement cuisiné, harmonisé dans la succession des plats. Un peu long peut-être, et parfois assez lourd. Mais le genre veut cela, un suspense de série noire avec une reconstitution historique parfaite : voitures, costumes et borsalino de la meilleure veine, musique très stylée, des décors délabrés d’un New York des années 50.
Le film se veut être une démonstration des mécanismes de corruption des rouages de gestion de la ville, par des gens sans scrupules. Rien de neuf. Mais c’est tellement alambiqué qu’il faut rester (très) concentré pour suivre les méandres tortueux de ce qui est dénon-cé. Dénonciation prétexte à faire des portraits, très réussis, de différents personnages, souvent vus déjà, mais c’est si bon d’admirer d’excellents acteurs qui jouent les forbans.
Ce qui est admirable surtout, et singulier dans le film, c’est le personnage central qui souffre du syndrome de Gilles de la Tourette. Tout y est : l’écholalie, la palilalie, la coprolalie, la copropraxie, (même si il touche essentiellement l’épaule) les TIC, les TOC, et la mémoire phénoménale qui donne, elle, à ce «privé» une aptitude particulière à résoudre ce mystérieux mystère. Tout ce petit monde frelaté tire bien un petit coup de révolver par-ci par-là, mais le film est essentiellement basé sur les dialogues. Et là, il faut s’accrocher : un flot de texte, dans des jargons argotiques éructés à toute vitesse avec des accents très savoureux qui les rendent presque incompréhensibles. Et les sous-titres défilent comme des TGV ce qui fait perdre sans doute certains détails de l’intrigue. Mais est-ce grave ? Un film de genre, très fréquentable, dont il ne faut pas attendre plus que ce qu’il propose : un suspense, une action, des «gueules» et un excellent moment de détente.