Lola vers la mère serait sans doute plus exacte pour synthétiser le destin de cette personne que nous découvrons à l’âge de l’adolescence mais qui se sent fille dans un corps de garçon. Certes, le sujet n’est pas neuf au cinéma mais il est traité ici essentiellement autour de la tension terrible que cela crée entre le père et son enfant. Le père est buté, malheureux, ne peut et ne veut manifestement pas comprendre ce retournement de situation chez cet enfant unique qui souffre terriblement de cette attitude fermée, agressive, brutale parfois de son père à son égard. Le récit est linéaire, durant quelques journées très marquantes comme vous le découvrirez en voyant le film. Et pourtant il se déroule presque comme un road movie classique : on part de Bruxelles pour la mer. Mais avec quel bagage ! Quelques rares flash-backs vont faire comprendre que la souffrance du père n’a d’égale que celle de son jeune enfant, lorsqu’à la mer, précisément, il était en butte déjà à l’agressivité de ses camarades de jeux.
Il m’a semblé que le scénario, et en particulier les dialogues, sont écrits avec une profonde empathie et une justesse de ton rare. Si bien que les situations nombreuses et variées qui nous sont montrées contribuent par leurs subtiles descriptions, par les échanges percutants, à «entrer» dans la problématique que le film a l’ambition de nous faire partager. Et le réalisateur/scénariste maîtrise admirablement ce film, certes d’aspect modeste, mais d’une justesse de ton qui en fait une très belle réussite. Personne ne restera indifférent à la question des transgenres au moment de «sauter le pas».
Girl (549) déjà traitait cette problématique, comme The Danish Girl (205). Il ne s’agit donc pas d’être homosexuel et de l’assumer. Mais de changer de sexe. Ce qui évidemment, soulève des problèmes spécifiques évoqués ici d’une façon qui devrait inviter chacun à réfléchir à cette question, rare, mais grave. C’est le deuxième film d’un réalisateur belge, venu du théâtre qui avait été remarqué pour Even Lovers Get the Blues que je n’ai pas vu. La production est très «belge» on est «chez nous» et Benoît Magimel m’a semblé parfait. Un acteur peu exposé qui surprend par la justesse, la diversité de son jeu qui donne vie à son personnage, ingrat. Mya Bollaers est une jeune femme qui a, semble-t-il, connu cette transformation. Elle est absolument convaincante et rien que cette découverte mérite de voir ce film de très bonne qualité.