Ce film est savoureux comme un prêche malicieux. Il démarre au décès de Jean-Paul II et nous décrit d’abord deux choses. Les prêchi-prêcha de la curie romaine en conclave. C’est amusant, très documenté et filmé dans des lieux somptueux. Ensuite, les propos tenus donnent une dimension politique forte aux orientations de l’église, non sans un certain humour. Nous savons que c’est le pape allemand, celui qui a porté l’uniforme nazi, qui gagnera cette bataille. Mais il va préparer la mise sur le trône de son successeur et ennemi juré, qui lui aussi a fréquenté d’un peu près une dictature en Argentine.
C’est à cette période très intéressante que le film est essentiellement consacré. L’intérêt a, me semble-t-il, une double source : l’intimité des dialogues qui sont superbement menés. Et l’immersion assez surprenante dans l’histoire de l’Argentine, celle de la dictature terrible durant laquelle le futur pape, jeune encore, est décrit de façon nuancée, bien documentée et tout à fait passionnante. Les
vaticanistes auront certainement mille commentaires à faire; ne fréquentant pas ces milieux, l’image qui m’en est donnée dans ce film m’a semblé très richement documentée et scénarisée avec une particulière intelligence cinématographique, parce que l’on se réjouit de trois choses en même temps dans le cours du film : le récit du destin de deux hommes, l’intérêt de la vie de cet état minuscule et médiéval qui continue à empoisonner plus d’un milliard de croyants dans le monde (voyez les allusions à la banque du $aint esprit et à la pédophilie) et l’interprétation brillantissime des deux acteurs. Jonathan Pryce (*The Man who killed Don Quixote (535) entre de nombreuses autres distributions) et Anthony Hopkins, un immense acteur aussi, qui joue professionnellement du piano, ce qu’il met au service de ce rôle de Benoît XVI.
Le metteur en scène brésilien s’impose dans ce film, comme un grand cinéaste, lui qui semble avoir peiné à s’imposer durant une carrière déjà longue.