Comment traduire ce film en quelques mots ? Sans le trahir. C’est un film d’histoire, celle de terribles crapules meurtrières qui ont été réduites au silence par l’action conjuguée d’un juge d’instruction qui l’a payé de sa vie et une balance qui a donné les noms et les faits permettant à la justice de faire son travail. Le récit couvre une très longue période mais il se déroule comme un film de gangsters. Ce qui nous vaut une galerie de portraits admirablement incarnés, plusieurs ambiances de fêtes qui évoquent celle par laquelle Le Parrain débute, des suspense à répétitions parce que l’on va bien sûr vers des moments de violences, aussi brèves qu’explosives. Il y a aussi des scènes de tribunal à trois moments de l’histoire. Elles sont un peu longuettes et répétitives, mais donnent un spectacle sans doute peu connu qui mérite qu’on s’y attarde. Le dépaysement que provoque les années décrites permet aussi de se souvenir comment il fallait téléphoner depuis des cabines, comment les informations passaient par la télévision, comment la police travaillait alors. Le style photographique du film, âpre, contribue excellemment à créer l’ambiance dure, contrastées, avec des zones d’ombre, peu de couleurs, pas de soleil, bref tout ce qui donne au film cette excellent aspect de rudesse. La bande sonore est très diversifiées, riche et très construite. L’usage du sicilien doit être
apprécié par les italiens qui distinguent les deux langues mieux que l’on ne peut le faire en ne connaissant ni l’une ni l’autre. Pourquoi The Irishman (711) comme Il traditore, et bien d’autres, sont-ils de vastes fresques qui fascinent, inspirées par le pire de l’humanité ? Ce réalisateur qui a beaucoup travaillé les questions politiques, sociétales, anticléricales, militantes, a peut-être trouvé ici le sujet qui va donner accès à son œuvre pour un très vaste public. Le film n’est pas « moralisateur » mais pose de façon foisonnante la question de la parole donnée et de l’intérêt supérieur de l’état qui doit défendre chacun. L’embarras c’est que la trahison est aussi inspirée par le désir de vengeance et que, d’une certaine façon, le juge d’instruction, s’il met fin à l’omerta, est aussi instrumentalisé dans une série de règlements de comptes parmi lesquels le spectateur se perd un peu. D’autant que le besoin de retour en arrière dans la construction du film nous fait voir des événements anciens dont la compréhension est parfois difficile. Mais cela ne gâche rien. Nous assistons à la confrontation des luttes entre la mafia à l’ancienne, puis les nouveaux qui ne respectent plus les codes. Et le travail de la justice dans tout cela élargit significativement ce qui n’aurait été sinon, que l’histoire de clans de siciliens.