Françoise Levie est une de nos cinéastes belges majeures qui ex-celle dans un genre ingrat, insuffisamment mis en avant, celui du documentaire historique. Et en particulier, ceux inspirés par l’archéologie culturelle. Evelyne Axell, La Vénus aux Plastiques (031) avait déjà été commenté parmi tant d’autres films qui laisseront, pour l’histoire, les traces que le temps allait effacer.
Voici que deux personnages immenses, des sommets inattei-gnables sans doute chacun dans leur domaine, sont rapprochés audacieusement par cette réalisatrice qui n’a pas froid aux yeux. D’autant qu’au-delà de leur personne, c’est à la fois un roman, un film et un personnage complexe qui sont ainsi évoqués de façon très subtile, d’une infinie finesse, au travers d’une recherche qui a recours à toutes les façons de parcourir le passé. Récent, et plus ancien. Parcourir en effet car nous suivons Johan Leysen dans sa triple quête, celle des lieux, celle du cinéaste, celle de ce mystérieux docteur de la renaissance. C’est aussi troublant qu’un itinéraire dans un palais de glaces où, soudain, se reflètent l’acteur du film, l’acteur de Delvaux, Delvaux lui-même et d’autres, un gisant sans linceul, par exemple. Puis il y a cette évocation admirable d’une des auteures les plus prestigieuses de la langue française, au travers de ses échanges épistolaires, des images de son lieu de vie, de quelques photos, des documents permettant de la voir vivante. Et son avatar devrait-on dire, en la personne de Marie-Christine Barrault, d’une distinction et d’une beauté qui lui permettent sans effort, d’évoquer par la voix et l’allure, l’auteure et ces liens tissés par échanges de lettres avec ce cinéaste que nous avons tant admiré même si L’œuvre au noir n’aura pas été le film le plus saillant de sa carrière. Il faudra le revoir, relire le livre exigeant de Yourcenar et se plonger dans cette actualité que Françoise Levie et son scénariste, Luc Jabon, ont pu mettre en avant d’une façon si subtile, tels les miroitements fébriles d’une lumière qui vient d’on ne sait trop où, mais certainement des sommets de la culture, de l’intelligence et de l’art. L’une des choses qui me semble exceptionnellement réussie dans le film, c’est le recours à toutes les formes de l’écriture mémorielle. La photo, bien entendu, les images du film de Delvaux, mais aussi de son tournage (qui permettent d’entrevoir tant de visages amis), les images des lieux retrouvés mais aussi saisis à l’époque par d’autres reportages, les témoignages, les méditations dans d’autres lieux en lien avec l’histoire et du film et de Zénon, personnage issu de l’obscurantisme qui, à Montpellier, apprend la médecine dans des endroits qui nous sont montrés encore emprunts de leur exceptionnelle puissance d’évocation. Les deux acteurs ont été du tournage d’André Delvaux...
Mais c’est le projet (de fiction ?) de Johan Leysen d’incarner Zé-non au théâtre que nous ressentons comme l’un des moteurs du récit. Un détail sans doute, mais l’usage qui est fait du dictaphone