Depuis Les Suffragettes (179) que de chemin parcouru par les femmes qui revendiquent et luttent pour que soient reconnus leurs droits les plus élémentaires. Ici, il s’agit (difficile de l’ignorer) de ce-lui de la reconnaissance de leur corps comme distinct d’un simple organisme destiné à la reproduction. C’est dans l’air du temps, et il était temps sans doute, car l’émergence des récits nombreux de violences, et pas seulement sexuelles, faites aux femmes affleurent (enfin) en pleine lumière dans des proportions qui imposent une réplique, une réflexion, un certain militantisme...
Ce film s’inscrit donc dans cette mouvance d’une façon simple, comme une enquête sociologique. Aucun effet, aucune mise en scène, pas de fiction. Une unité de lieu symbolique pour les entretiens : un lit. Quelques gags amusants, à découvrir, qui ponctuent ici et là le récit constitué par des témoignages qui s’entremêlent dans un montage bien mené. Les témoins (encore un mot épicène qu’il faudra genrer ;-)) sont toutes des femmes jeunes, hétéro ou homosexuelles, bi peut-être, car cette question n’est ni centrale ni refoulée, abordée incidemment tout au plus. Elles parlent d’une façon simple, souvent souriante, des questions qui jalonnent le début de leur sexualité : la découverte de leur corps, le plaisir solitaire, le rapport avec l’autre, le plaisir vécu à deux ou inaccessible, la liberté de dire non, bref tous les sujets liés à ces moments de la vie. Avec un accent particulier mis sur l’ignorance anatomique de cet organe singulier qui n’a guère été mis en avant malgré ce que cette civilisation revendique d’émancipation, d’égalité homme/femme, de refus des tabous, de langage vrai sur l’intime. Le public de ce film devrait être surtout des jeunes gens qui entendraient là ce que personne sans doute ne leur dira avant qu’ils ne découvrent et la complexité et les difficultés de ce domaine le plus souvent aper-çu dans les films pornographiques qui sont aussi évoqués par ces jeunes femmes.
Cinq chapitres manquent, me semble-t-il pour que le panorama soit complet des réflexions à partager : les femmes fontaines, la sodomie, le sexe oral, la sexualité après la maternité et après la ménopause. D’autres peut-être encore que j’ignore, mais qui me laissent espérer d’autres films construits sur le même principe, ce-lui d’une parole libérée, dans un contexte d’une grande simplicité, sans effet, et qui invite au dialogue, à la réflexion. Et il y a d’autres films encore à faire au masculin qui pourraient commencer par ce-lui titré Mon nom est gland, ou Mon nom est prostate, ou peut-être, pour mieux rimer : Mon nom est pénis. Un charmant dialogue en perspective. Netfix devrait produire cette nouvelle série, assurée d’un grand succès. Ici, le mérite en revient seul à une remarquable société belge, IOTA Production.