Ainsi passe la gloire du monde. Cette expression latine est un rappel à la modestie dont il ne faut jamais se départir, quel que soit la gloire à laquelle l’on croit parfois pouvoir prétendre. Ce film fait un usage subtil de l’expression car le prénom Gloria est utilisé, mais aussi les personnages dépeints sont bien loin de la gloire... Le 21e film de ce réalisateur singulier, militant de gauche, creusant inlassablement son sillon dans le monde des gens modestes, de Marseille, ajoute à cette œuvre dont j’avais commenté déjà Une histoire de fou (184) et La Villa (452) et que j’ose qualifier de « cinéma naturaliste », un peu comme celui de Ken Loach, au risque d’enclencher un débat de critiques, d’historiens et d’esthètes qui vont s’aboyer dessus.
Bref, vous êtes prévenus, nous sommes plongés dans une réalité sociale on ne peut plus modeste, humble et difficile. L’histoire n’est pas à raconter car c’est sa découverte qui fait le charme du récit admirablement incarné par la garde rapprochée du réalisateur, avec les habitués telle Anaïs Demoustier dont j’avais tant admiré le talent dans e.a. Alice et le Maire (698). Les liens familiaux sont complexes, les vies de chacun, rudes et le tableau social qui en est fait m’a semblé très proche d’une réalité rarement montrée dans les films, celle de petites gens. Selon moi la valeur du film tient essentiellement à cette entrée, presque par effraction, dans un univers social pas ou très peu médiatisé. Et tellement proche de nous tous, même s’il reste l’univers «des pauvres gens» qui, au quotidien, essayent de s’en sortir, sans couler. Alors les spectateurs qui préfèrent les bobos des beaux quartiers, les histoires de couple qu’on étale comme de la confiture sur une tartine rassie risquent de rester sur leur faim. Ici, nous sommes dans un univers de gens qui rament, comme ils peuvent et sans gloire.
Beaucoup d’éléments du scénario, beaucoup de choix musicaux, beaucoup de rebondissements dans la narration, de brefs dialogues politiques, seront, par certains, considérés comme lourdingues. Car c’est vrai, on préfèrerait ne pas devoir les entendre.
Allez les écouter. Et pas seulement pour la gloire.