Un film de scénariste, brillant ! Ce genre de récit totalement sorti de l’imaginaire tourmenté d’une personne qui met en place une histoire banale par le milieu dans lequel elle se déroule, et d’une extraordinaire extravagance dans sa construction et son déroulement. Après un bref prologue à Abidjan sur lequel se déroule un générique totalement illisible à cause de la taille et de la couleur du lettrage (comment est-ce possible !) nous nous retrouvons sur un causse en France, durant un hiver qui glace tout.
Nous allons découvrir progressivement une huitaine de personnes qui joueront un rôle clé dans ce récit dont la construction est à la fois linéaire, mais avec quelques retours en arrière, quelques brèves scènes fantasmées, et aussi, très astucieusement racontés, des points de vue différents sur les mêmes faits. Ce qui, évidemment, donne à chaque fois des éléments supplémentaires de compréhension aux spectateurs tenus en haleine. L’ambiance hivernale, lourde, accentuée par des choix de couleur brou de noix, des éclairages insuffisants, des brouillards et des nuits percées par des lumières incertaines, donnent au suspens une épaisseur pesante. Puis soudain, l’arnaque par internet nous replonge dans l’Abidjan évoqué brièvement au début du film. On apprend ce qu’est un «brouteur». Une excellente leçon pour celles et ceux qui croient encore que internet est un moyen de nouer des relations humaines simples et désintéressées via le clavier d’un ordinateur. Ici, la leçon sera sévère. Le film est pimenté d’un peu de sexe, de quelques violences brèves qui contribuent évidemment à rendre l’intrigue intrigante. L’histoire est inspirée d’un roman scénarisé par ce réalisateur, rare, qui se spécialise dans ce type d’histoires banales dans leur milieu rural, mais très tarabiscotée dans leur déroulement. Harry, un ami qui vous veut du bien avait frappé les esprits déjà il y a 20 ans.
Ici le casting sans hyper vedette est de toute première classe : Denis Ménochet Jusqu’à la garde (479) Grâce à Dieu (631) et Laure Calamy qui, après une carrière de plus de vingt ans, semble toujours d’une juvénilité et d’un talent surprenant : Victoria (312) et Sybil (662) Mademoiselle de Joncquières (539) Nos batailles (548) et Damien Bonnard qui est au cinéma français un anti-jeune premier absolument remarquable : J’accuse (710) Les Misérables (712) Le Chant du loup (614) e.a., un visage, un talent qui marqueront le bon cinéma qui sait mettre en scène des artistes non conventionnels. C’est certainement l’une des réussites de ce film fait pour distraire dans une ambiance de suspense très bien menée comme l’était un autre film à maints égards comparable, La Fille dans le brouillard (La ragazza nella nebbia) (692). Il y aurait une belle étude à faire sur les analogies et différences du traitement scénaristique du même sujet : la disparition mystérieuse d’une jeune femme dans un microcosme reculé, hostile, un endroit où, peut-être, seules les bêtes vivent encore.