Un film «concept» que j’ai eu le plaisir de découvrir malgré sa médiocre programmation, mais incité par l’intérêt de Hellhole (653) le précédent film de ce réalisateur qui utilise le cinéma comme les virtuoses les 88 notes du piano, de façon originale et surprenante. Nous sommes immédiatement confrontés à une écriture visuelle et sonore minimaliste ; très minimaliste ! Le fil de l’histoire est cette modeste dame, technicienne de surface, veuve, qui travaille âprement pour élever ses deux adolescents. Travail de nuit qui la fait s’égarer dans un Bruxelles nocturne montré longuement sous des lumières pauvres qui éclairent mal des lieux désertés, où les rencontres sont rares, ténues, sans suite, mais qui jalonnent cet itinéraire de méditation sur le sens de cette vie si modeste. Cela est filmé et sonorisé avec une élégante originalité mais hélas, nous sommes à la lisière de l’anorexie cinématographique. J’aime le regard porté sur cette ville, la mixité sociale qui l’imprègne, les langues qui s’y baragouinent. Et le temps y semble long, les déplacements à pieds répétitifs, les moments de rencontres, certes sensibles, finissent par devenir un peu fades. Et c’est dommage parce que l’intention est louable de suivre le parcours d’une femme «invisible» qui ne vivra que par procuration le rêve un instant proposé par une publicité en début de film. Tout cela est subtil mais d’une épaisseur de papier de cigarette. Il faut aimer contempler, patienter, se laisser bercer jusqu’à l’assoupissement compassionnel pour être imprégné comme par un parfum rare que l’on sait fugace mais qui restera en mémoire.
Tropique fantôme est en quelque sorte un regard lent et bienveillant sur les gens que l’on ne regarde jamais, parce qu’ils gênent un peu. Ils sont filmés en 4/3, le format étroit des télés d’autrefois, sur une pellicule 16 mm argentique. Et ils donnent envie d’un monde de carte postale de sable blanc ensoleillé, lieu de fuite vers un rêve hors de portée pour les damnés de la terre. Cette longue nuit bruxelloise en est-elle l’antithèse ?