Ce n’est pas La Trans. Étrange choix d’un titre pratiquement incompréhensible et surtout tellement peu engageant pour un film sensible, rare, qui doit se mériter par l’effort que nécessite l’imprégnation dans une culture, une esthétique, un récit dont l’écriture ne relève pas de nos schémas «prêts à consommer». Il s’agit ici d’une histoire simple d’une jeune fille amoureuse d’un homme qui va partir, alors qu’elle est destinée par ailleurs à un mariage arran-gé. L’action se déroule à Dakar, dans le milieu pauvre des ouvriers surexploités qui cèdent à la tentation de l’exil, au péril de leur vie puisqu’ils se lancent en mer, dans l’Atlantique, vers l’Espagne.
C’est le premier long métrage d’une réalisatrice dont la critique s’est emparée pour la porter au pinacle sans que je ne comprenne vraiment pourquoi. Le Grand Prix du Festival de Cannes 2019, excusez du peu !
Certes le film a de très nombreux atouts, des singularités. Celle d’abord de filmer une ville rarement montrée, de mettre l’accent sur ces jeunes hommes poussés, au risque de leur vie, vers un départ dont peu reviennent. Et cela suscite la présence d’êtres surnaturels dans le film, des zombies, des djinns qui évoquent les disparus. Une des autres singularités du film est certainement le portrait nuancé fait des jeunes femmes sénégalaises. La soumission à la tradition, l’autorité pesante sur leurs destins, les désirs simples de bonheur et d’indépendance qui ne peuvent se réaliser. Tout cela interpelle mais, un peu comme l’huile et le vinaigre, ne se mélange pas aisément m’a-t-il semblé, en une sauce homogène.
Si le charme n’opère pas, il faut tout de même souligner les qualités de ce travail sur une réalité socio-économique, sur une culture difficile à saisir, difficulté accentuée par la langue des protagonistes, le wolof, qui souligne la singularité de leur univers dans un pays largement musulman où l’arabe se taille une place dominante comme en attestent les panneaux de chantiers vus au début du film. Bref, ce patchwork impressionne plus qu’il ne séduit, mais il est la promesse que ce travail cinématographique sur le continent africain, fait de surcroît par une femme, va contribuer de façon significative à élargir le regard des caméras. Et de ceux qui réfléchiront à l’importance de ces regards.