Un film singulier très sophistiqué dans sa réalisation, son propos et une dimension surnaturelle dans un récit quasi historique qui, petit à petit, devient oppressant, à la mesure de l’irrationnel qui s’impose à nous, séquence après séquence.
Le noyau est une famille : un maréchal guatémaltèque à la retraite, son épouse, leur fille et leur petite-fille. Le tout presque en huis-clos, leur maison avec des dames mayas à leur service. Nous comprenons très vite que cette cellule familiale va être mise à très rude épreuve à cause du rôle joué par le pater familias durant une terrible dictature qui avait inspiré déjà Nuestras Madres (714) un film aussi bouleversant qu’intéressant sur cette histoire méconnue, me semble-t-il, et qui n’est rien moins qu’un génocide, celui des indiens mayas qui parlent un idiome local, le kaqchikel, ce qui nécessite un traducteur lors des dépositions des victimes devant le tribunal qui va condamner leurs bourreaux, mais ils seront acquittés très rapidement.
Le réalisateur avait impressionné déjà dans Ixcanul (185) un film plus modeste et Temblores (625) qui avait déjà, lui, le souffle d’une fresque familiale, dans un milieu, comme ici, hyper religieux et très réactionnaire.
Ce qui distingue ce récit est l’émergence d’une légende dans le réalisme du quotidien. La femme qui arrive dans la famille évoque les mères dont les enfants sont morts et qui, selon la légende, les cherchent en pleurant sans arrêt. L’eau viendra donc s’infiltrer de nombreuses manières dans le récit et va figurer en quelque sorte un nettoyage des horreurs, le rappel des supplices, un retour amniotique nécessaire pour que renaisse une société égalitaire lavée de ses stigmates. Quelques séquences oniriques plongent le spectateur dans l’incertitude de ce qu’il voit ; un rêve, un fantasme, un flashback ?
Le film est lent, comme envoûtant, le mystère est épais qui ne permet pas aux cartésiens de donner un sens univoque aux images et le dépaysement comme l’ignorance générale des sujets entremêlés font de ce film une œuvre très particulière que je vous souhaite d’apprécier, car elle est d’une rare qualité.