Le cinéma américain dans toute sa puissance, explosive. Pourquoi n’avons-nous pas, en Belgique, la capacité de traiter de sujets politiques (au sens large) d’actualité ? A quand un film sur Nethys, sur la dioxine, sur les collaborateurs durant la Seconde Guerre mondiale encore célébrés au Nord du pays, les trafiquants de migrants en camionnette ou en camions frigorifiques... ?
Aux U.S.A. il semble possible de rassembler les moyens et les talents nécessaires pour un salutaire déballage de linge sale devant les électeurs, inspiré de faits réels. Il s’agit ici des mœurs en usage dans la chaîne de télé FOX NEWS, devenue célèbre comme porte-parole officieuse de Trump.
Le film est aussi saccadé et rapide qu’un reportage fait de « brea-king news « qui se bousculent, mais l’essentiel est parfaitement perceptible, même si l’on n’est pas «au parfum» de ce milieu de l’information : des femmes de talent décident à un moment que l’attitude des mâles dominants, à leur égard, ne peut plus être tolérée. Fusse au risque de la perte de leur emploi et de l’opprobre. Hélas la crainte pour une femme d’être brocardée alors qu’elle est victime, contribue souvent à s’assurer de son silence.
Le film est très puissant par son rythme, par l’incroyable utilisation d’images d’actualité qui n’épargnent personne, par sa liberté de ton, par le talent déterminé de ces actrices qui incarnent les
vraies victimes qui ont pu rompre le mur insupportable du silence, sorte de prélude à l’affaire Weinstein qui démarre elle, en 2017. Le scandale évoqué dans ce film date lui de 2016. Les trois actrices sont toutes remarquables même s’il faut se concentrer pour ne pas les confondre, elles qui correspondent au même profil de la grande blonde d’une parfaite beauté, à l’éloquence affirmée et au regard pénétrant. Charlize Theron (co-productrice), Margot Robbie et Nicole Kidman sont éblouissantes. Le personnage mythique, Rupert Murdoch, patron de presse, est incarné par Malcolm McDowell qui avait tant impressionné dans Orange mécanique. Le réalisateur qui a travaillé beaucoup de sujets «politiques» est aussi producteur à ses heures. Une chose très perceptible et passionnante dans le film, est l’agitation de cet environnement professionnel. Ce qui permet d’y inclure des images réelles aux propos hallucinants de machisme et parfois d’une vulgaire grossièreté. Ce qui n’est guère perceptible, mais qui joue un rôle subtil, c’est la transformation profonde des visages grâce aux prothèses, aux maquillages audacieux, et le soin mis à habiller ces femmes qui font de la présentatrice télé une sorte de Barbie des média. La réalisation se caractérise aussi par un tournage multicaméras, qui s’accorde bien au style «télévision» même s’il contribue à donner à l’écriture du film un côté très impulsif, où la spontanéité et la confusion se côtoient parfois.