Toto le rabitt. Ce rapprochement avec ce film de Jaco Van Dormael vient immédiatement à l’esprit pour plusieurs excellentes raisons. Le film est le portrait d’un enfant, le style visuel semble inspiré par une légère amplification esthétique d’une réalité entièrement construite, l’ambiance irréelle du film est simplement un léger décalage avec une réalité hélas très connue, celle du IIIe Reich et un humour singulier donne au film un petit parfum d’*Alice aux pays des merveilles qui aurait été la sœur des Max Brothers. Bref, il faut accepter de se laisser immerger dans une esthétique et une ambiance très construite qui donnent au film son étrange spécificité. Le réalisme semble banni de l’univers de ce réalisateur qui nous propose un film très particulier. Il raconte le parcours d’un jeune garçon comme il dut y en avoir des millions, qui adhère au nazisme avec une parfaite bonne conscience, même si cela le confronte à d’effroyables épreuves pour un gosse. Puis vient la guerre. Mais aussi la résistance, le refus de la fatalité mortelle du régime totalitaire. Un peu un duel entre la haine et la bonté.
Ce gosse s’imagine une relation privilégiée, en face-à-face avec rien moins qu’Adolphe Hitler, en personne, interprété par le réalisateur, dans la veine du Dictateur de Chaplin. Certains trouveront sans doute ce dispositif narratif un peu tiré par le brassard. Mais il s’intègre bien dans ce film burlesque, réalisé par un néo-zélandais dont le père est maori et la maman issue d’un père askénaze russe et d’une mère irlandaise. Ce multiculturalisme se reflète bien dans la bande sonore très fournie composée, pour partie, d’airs connus mais pas toujours dans la version utilisée ici. Ce qui trouble un peu c’est l’usage de l’anglais pour les rôles allemands, surtout lorsqu’arrivent les Américains et qu’ils sont supposés ne pas se comprendre...
Le film plaira à ceux qui ont goûté La Mort de Staline, Train de Vie ou La Vie est belle dans lequel Benigni transfigurait la guerre pour préserver un enfant. Le regard des gosses sur la guerre a souvent été mis en scène. Ici, me semble-t-il, deux choses distinguent le film : l’audace de la transgression de la réalité et l’incroyable prestation de l’acteur, qui est simplement prodigieux.