En français, une tanche. C’est l’espèce qui désigne un poisson qui sera très présent dans le film. La réalisatrice belge n’a pas froid aux yeux. Appréciée déjà dans Rosie et Nowhere Man (008), elle nous propose encore ici un film exigeant. Rien n’est fait pour draguer le spectateur : c’est l’observation, l’analyse du comportement d’un très jeune homme en proie à des pulsions qu’il sait intolérables, terribles. Le début du film donne les deux clés : le garçon est surpris lors d’un comportement très ambigu avec une jeune gosse. Il est détenu, tabassé comme c’est, dit-on, généralement le cas pour les
«pointeurs», les prédateurs sexuels, puis il est relâché sans être inculpé. Avec une obligation de suivi psychologique.
Et le film nous donne à voir, longuement, lentement, le combat intérieur de ce garçon qui se sait au bord du drame. Pour créer cet univers de limite à ne pas franchir, la réalisatrice a choisi des lieux de tournage particulièrement significatifs. Là où la terre et l’eau se confondent, là où la mer s’arrête sur le rivage, dans des lieux de routes dont on ne sait où elles vont, des canaux immobiles et menaçants, et des pont-levis dressés qui, par leurs silhouettes effrayantes, semblent rappeler sans cesse la menace qui habite ce garçon. Menace d’autant plus oppressante qu’une jeune gosse très dynamique vit dans la maison mitoyenne. Ces deux personnages, le jeune homme et sa très jeune voisine, vivent chacun avec leur mère, célibataire. Pas d’homme. Sauf un psychologue palot et peu convaincant qui est en charge du suivi de ce potentiel pédophile. Nous allons observer le combat intérieur de ce jeune garçon soumis à la tentation, sorte de Saint-Antoine portant en lui ses propres démons. C’est très subtilement montré. Le garçon n’est pas très
malin, il note laborieusement ce qu’il ressent, il doit l’évaluer, exprimer la conscience qu’il a de la dangerosité de ses pulsions. Et son travail d’ouvrier dans une entreprise de pêche semble particulièrement éprouvant. Par le fait qu’il décapite à longueur de journée des poissons innocents, lui rappelant peut-être ce qu’est être victime et le sort qui l’attend...
Et il y a son entourage professionnel assez rustre, qui le surprend d’ailleurs lorsque, débordé par sa sexualité, il essaye de s’apaiser, en solitaire. Ce garçon trouve avec un poisson une sorte d’objet de transfert, un «doudou» qu’il met en aquarium, prison symbolique pour un être vivant avec qui toute communication est impossible, sauf à de rares moments, par le contact de la peau, lorsque le poisson est porté contre son buste, lorsqu’il joue dans la baignoire avec la jeune fille qui s’exhibe en parfaite inconscience de ce qu’elle suscite chez celui qui la regarde ainsi jouer dans l’eau. D’autres moments permettent de raviver la tension et la tentation, sans que l’on ne puisse savoir si le drame va éclater.
Un film à apprécier avec patience, comme lorsqu’on observe la vie dans un aquarium où rien ne se passe comme prévu, sans qu’aucune communication ne soit possible, malgré le regard sans mouvement de paupière qui est celui du muidhond.