Il faudrait rapprocher les films qui parlent de la séparation. Nous pourrions constituer ainsi une sorte de kaléidoscope de la douleur de deux êtres qui se sont tant aimés, qui généralement ont enfanté et qui se déchirent, mus par une passion nouvelle bien souvent, qui inspire l’un des deux, et détruit l’autre.
Jusqu’à la garde (479) Une séparation de Asghar Farhadi sont des exemples de ces films et Hindje Boujenaa, réalisatrice belgo-tunisienne nous en propose un autre, particulièrement poignant, qui se déroule en Tunisie, dans un milieu modeste. La mère travaille dans la blanchisserie d’un hôpital, le père est en prison et l’amant est garagiste carrossier.
La question de l’adultère est évoquée de façon impressionnante car, on l’oublie sans doute, c’est encore considéré dans certains pays comme un crime.
La singularité de ce récit est d’être nourri par des choses ordinaires, de la vie quotidienne, dans des lieux confinés où se déclenchent des moments de violences (essentiellement verbales) et même la police, lorsqu’elle aura à intervenir dans le conflit, va donner d’elle un image particulièrement brutale, psychologiquement.
Le machisme impressionnant des deux hommes est évoqué avec sensibilité, celle d’une femme qui, sans doute, sait de quoi elle parle. La construction du scénario, certes assez élémentaire, réserve deux surprises qui font basculer l’histoire de cette femme de façon dramatique. Et j’ai été sensible aux 3 enfants, témoins involontaires d’un moment «d’histoire», la lutte pour l’émancipation des femmes, et qui, inévitablement, seront la prochaine génération pour laquelle il n’est pas encore possible de prédire ce que sera leur capacité à l’égalité et l’autonomie des genres.
Il me semble que le cinéma nord-africain est souvent réalisé par des femmes, ou parle de leur condition, et cette thématique doit à la fois nous interroger sur notre propre évolution sur ces questions, et sur le chemin encore à parcourir dans des univers auxquels nous n’avons guère accès que grâce au cinéma. Et il faut mentionner ici la société de coproduction belge Eklektik qui, grâce au tax shelter, contribue à ce type de cinématographie sans autre vedette que la volonté de montrer des vies complexes, en dehors de tout glamour mais qui, depuis la Tunisie, nous parlent de nous.