Trois Eve. Une jeune femme bientôt au terme de sa grossesse, une mère veuve et sa toute jeune fille, primesautière.
La jeune femme enceinte, manifestement en fuite de sa famille à cause d’une grossesse sans mari, cherche un abri et un emploi à Ca-sablanca. C’est un peu en forçant moralement la mère veuve qu’elle s’installe chez elle et, petit à petit, non sans difficultés, qu’elle y restera jusqu’à la naissance d’un enfant destiné à être abandonné.
Ce simple récit est en fait d’une grande richesse et les trois actrices le rendent particulièrement intense. Lubna Azabal, actrice belge excellente comme chaque fois, est tout en angle, le regard pénétrant, le deuil de son mari n’est manifestement pas dépassé et sa souffrance est palpable. Nous l’avions admirée déjà dans Tueurs (456), Tel Aviv on fire (663) et Hellohle (653) et La Marche (097) par exemple. Nisrin Erradi, toute en rondeur, et c’est le cas de le dire, est profondément touchante.
La réalisatrice avait co-scénarisé le très sulfureux Much Loved (178) sur la prostitution marocaine de son mari Nabil Ayouch réalisateur aussi de Les chevaux de dieu (020) et Razzia (508) dans lequel Mar-yam Touzani était actrice. Des films militants, marocains, qui sont très polémiques dans ce pays. Et qui surtout nous rapprochent d’une réalité locale rarement abordée.
L’aide de la production belge Artémis et du tax shelter semble indispensable pour qu’existe ce type de film.
Toute l’histoire se déroule dans un espace très réduit, nous y apprenons quelques secrets délicieux de la pâtisserie marocaine et l’image très travaillée en lumière, est couleur de miel, une douceur qui contraste subtilement avec l’âpreté de la situation de ces femmes qui nous est dévoilée avec un très grand tact. La fiction mise au service de la sociologie, avec beaucoup de finesse et un sens subtil du récit émaillé par mille petites choses qui en font un très beau film.