C’est un film exceptionnel par le sujet et très éprouvant par la densité très forte de la réalisation et surtout de l’interprétation.
Une gosse de 10 ans, caractérielle à un degré rare de violence et de douleur, est admirablement interprétée par une petite fille bouleversante. Elle est l’ainée des 3 enfants d’une femme qui partage sa vie avec un beau-père inadéquat dans des conditions sans doute insupportables pour elle. Benni, c’est le nom de cet enfant habitée par le diable, va de placements en écoles spécialisées, de séjours à l’hôpital en w.e. d’isolement. Elle se bagarre, elle fugue, elle hurle, elle s’automutile, bref, c’est horriblement douloureux pour elle et son entourage dont on dirait en bruxellois «qu’on ne sait plus de chemin avec !».
Et c’est cela qui bouleverse, ce sentiment de situations sans marche-arrière possibles, et le crescendo dramatique du film crée
une tension hors du commun. La mise en image tient du reportage télé, tellement c’est agile, agité, imprévisible à cadrer, mais c’est parfaitement maîtrisé par la metteuse en scène qui a écrit un scénario dont les rebondissements, certes peu spectaculaires, relancent à chaque étape l’angoisse, la douleur, les cris et les insultes. Car les causes de cette colère jamais assouvie semblent innombrables pour cet enfant martyre d’elle-même.
Je pense que tout le monde devrait voir un tel film pour prendre la mesure de l’épreuve que représente une jeune enfant ingérable. Le titre est un peu tiré par les cheveux car un «crasher» est une sorte de pirate informatique qui, en effet, détruit un système. Ici le système est pédagogique et finement représenté par des éducateurs, médecins, psychologues, enseignants, tous impuissants mais admirables de dévouement devant cet enfant en détresse. Un film dont on ne sort pas indemne.