C’est pas la joie, mais quel bon film ! Trois grâces, pas celles de Rubens, vivent en commercialisant leur corps pour nourrir leur famille. Nous entrons progressivement dans leur quotidien fait d’une vie familiale très difficile pour deux d’entre-elles, d’une solitude d’oie blanche pour la troisième. Et nous vivons aussi les scènes souvent très drôles de leurs vies... professionnelles.
Les scènes familiales sont, elles, très tendues.
En fait ce film est une terrible charge contre les comportements abjects des hommes. Et c’est très bien envoyé.
Dès l’adolescence boutonneuse, les petits coqs de ce quartier HLM sont montrés dans tout leur machisme crétin, puis, un par un, les hommes sont décrits dans leurs turpitudes, leurs exigences perverses et leur méchanceté parfois violente.
Quelques moments mettent en scène une sorte de revanche qui atteste de la détermination de ces femmes à ne pas être réduites à leur simple et sinistre rôle d’objet. Et cela amènera les dénouements de cet esclavage. Drôle pour l’une, sinistre pour l’autre. Mais en ces temps où les victimes de la virilité perverse accèdent enfin à la parole publique, ce film est en quelque sorte une fable gouailleuse et militante pour que soit mis en plein jour ce qui n’est vraiment pas tolérable.
La structure du film a recours à des va et vient du récit, si j’ose, qui ne me semblent pas toujours bien amenés. Mais cette petite maladresse n’enlève rien à la lisibilité de l’histoire et aux intentions subtiles du scénario.
Réalisateur de Une Liaison pornographique, de La Femme de Gilles et de Tango libre (028) Frédéric Fonteyne a toujours été très maître de ses acteurs, moins peut-être de ses scenarii. Sa coscénariste, Anne Paulivich a été impliquée déjà dans le scénario de Tango libre et pour ce film-ci elle a fait une très longue enquête, en immersion dans ce milieu des maisons de rendez-vous, ce qui nous vaut des dialogues, des situations, absolument inimaginables. Un mot encore pour souligner le travail d’acteur des enfants qui nous valent des scènes de famille très puissantes.