Le cinéma tunisien se lance dans la comédie sociale, avec beaucoup d’allant. L’histoire est celle d’une jeune psychanalyste tunisienne, formée à Paris, qui vient professer dans son microcosme qui ne sait même pas ce qu’est la psychanalyse. Et c’est montré de façon très amusante. Derrière ce premier niveau de récit il y a une critique piquante, mais qui reste bon-enfant, de la société tunisienne et de son pouvoir ébranlé par le printemps arabe. Nous assistons à de nombreux moments drôles, des situations, plus que des dialogues, qui font rire. Mais la limite du film est la structure de son scénario un peu chaotique, avec des longueurs, des répétitions qui se veulent amusantes mais qui sont un peu inutiles car la ressource comique en a été exploitée totalement et ce n’est pas la peine de revoir une énième fois, par exemple, la voiture qui menace ruine à chaque tour de roue. Une sympathique galerie de portraits mais qui ne dépasse guère le stade de l’esquisse. Bref l’on quitte
la salle avec un double sentiment. Celui de voir se mettre en place une cinématographie féminine militante, courageuse et qui ne se prend pas au sérieux, et le regret que, par manque de travail, ce film n’arrive pas à devenir «culte» dans une culture qui ferait bien d’abandonner les pires cultes pour s’affranchir de certaines pesanteurs dont la psychanalyse ne suffira pas à venir à bout. Il faut dire un mot de l’actrice Golshifteh Farahani, d’origine iranienne, mais dont la déjà très longue et belle carrière l’a amenée à travailler dans un nombre considérable de films très différents, à travers le monde. Elle incarne ici un personnage assez solitaire avec beaucoup de détermination, et une envie peut-être un peu trop appuyée d’être un exemple pour sa génération aux yeux des tunisiennes. Un jour il faudra étudier la spécificité de ce cinéma issu d’une double culture. La liste des films qui en expriment la singularité est impressionnante et passionnante, depuis des années.