Excellent film dans sa catégorie, celle de la cour d’assises, en France. Nous sommes témoins d’une histoire douloureuse, celle du procès fait à une très jeune femme, vivant encore avec son jeune frère, chez leurs parents. La fille est accusée d’un meurtre terrible sur l’une de ses très proches amies. La structure de l’intrigue est inspirée de Acusada, un film argentin. Sera-t-elle condamnée ? Vous le saurez après une heure trente palpitante et de très haute qualité.
D’abord par le casting. La fille au bracelet, Melissa Guers pour la première fois à l’écran, est une découverte qui annonce une grande carrière. Intéressez-vous à ses regards, à ses silences éloquents ! Son avocate Annie Mercier, est absolument excellente, de sobriété et de force. J’ai honte de n’avoir jamais remarqué cette actrice qui travaille tant au cinéma qu’au théâtre depuis le début des années 70, et avec un talent éblouissant. Chiara Mastroianni, fille de Catherine Deneuve, est saisissante en mère ravagée mais digne. La procureur de la république est glaçante de fermeté et l’on retrouve Anaïs Demoustier, sœur du réalisateur, avec un immense plaisir, une comédienne qui va devenir un très grand nom dans le cinéma. Alice et le maire (698) Gloria mundi (732). Ceci était écrit avec son César !
Les hommes sont tous très bons aussi, avec une particulière attention au président de la cour d’assises, Pascal-Pierre Garbarini qui n’est pas acteur, mais avocat au barreau de Paris. Il ne faut rien raconter du procès qui est admirablement synthétisé et qui donne l’occasion d’entendre des dialogues excellents, superbement ciselés. La musique est utilisée de façon très puissante.
Mais ce film a surtout la vertu d’être à double fond. On l’a compris, le spectacle de justice, très didactique, est déjà digne du plus grand intérêt.
Mais là où le scénario surprend, c’est dans l’évocation de la vie intime de ces grands adolescents à l’heure du harcèlement, des sextos et de ce ravage moral qui se déroule à l’insu des parents pourtant attentifs et aimants.
Il y a dans ce récit des moments d’une intense émotion parce que nous sommes témoins, jurés par procuration, de relations qui sont évoquées, avec pudeur, mais une totale transparence, celle de l’enquête qui n’épargne personne.
Toutes les familles devraient aller voir le film pour dialoguer sur la façon dont cette génération accède à la vie sexuelle, et les risques immenses que cela engendre, et qui ne sont pas médicaux ! L’affaire Griveaux n’était pas prévue pour renforcer, lors de la sortie de ce film, la pertinence de ce qui y est montré. Et qui est ici présenté dans sa phase ultime la plus tragique.
Le film est coproduit par Frakas, société liégeoise, qui a un très beau palmarès de films (co)produits à son actif : Atlantique (739), Seule à mon mariage (611), Girl (549), Troisième noce (522), Grave (Raw 381), etc. Mais je ne peux m’empêcher de constater que l’argent du tax shelter finance une fois encore un film franco-français qui, cette fois, se déroule à Nantes...