Mommy (73) Tom à la ferme (82) Juste la fin du monde (304) sont trois des films que j’avais commenté de façon assez vive car le travail de cette personnalité aux multiples facettes (réalisateur, producteur, acteur, monteur, styliste de ses films) est absolument exceptionnelle. Et très puissante, singulière, originale. Pas seulement par la langue effarante utilisée, un baragouin du français de la Belle Province, mâtinée d’anglais et d’un vocabulaire «jeune qui en rend la compréhension très difficile et amusante, même si les sous-titreurs ont été à la peine. D’autant que les échanges, je n’ose dire les dialogues tant les personnages souvent confrontés à l’incommunicabilité de leurs interlocuteurs, sont nombreux et véhéments. La façon de filmer est exceptionnelle, brutale, intrusive, d’une mobilité renforcée par un montage incroyablement nerveux, chaotique diront certains que ce type de frénésie visuelle empêche de suivre l’histoire. Et pourtant ce style est consubstantiel au récit. Et l’on n’est pas obligé de l’aimer pour en reconnaître les qualités et l’originalité incomparable. De même la musique, particulièrement appropriée, ne doit pas plaire pour être admirée.
De quoi parle ce film ? Du moment si particulier où des copains
«de toujours» arrivent au seuil de l’âge adulte. Que faire de sa vie maintenant qu’elle doit faire place à une activité professionnelle, à une formation complémentaire, lointaine ?
Tout le monde célèbre ce moment important, moins marqué peut-être que celui où un couple devient parent, mais qui marque un
«avant» et un «après» de façon décisive. Et bien entendu, les affections, les désirs, s’expriment, se libèrent, de façon inattendue parfois. Ce qui nous vaut quelques scènes magnifiques avec les
«mamans». Le film interroge la question du genre, comme cela devient si fréquent, mais de façon allusive, peu appuyée. Le spectateur est en quelque sorte amené à partager une découverte qui se fait sous ses yeux, sans prosélytisme, sans autre drame que celui du choix que nous connaissons tous à chaque carrefour de nos vies. Et le film se termine sans que le choix ne soit imposé au spectateur. Une fin ouverte mais qui ne laisse pas sur sa faim, le film a rassasié !