Un roman très biographique qui est adapté, une nouvelle fois, au cinéma et qui est centré sur la fille qui fait ce récit dont nous suivons la publication et le succès progressif, avec les scènes qui l’inspirent mais aussi les scènes qui auraient pu exister si le récit avait été inspiré par le seul désir de séduire le public. Tout cela crée une histoire qui aurait été tricotée par un jeune chaton au milieu de pelotes de laines douces et élégantes, baignée de musiques très belles et présentes, comme le serait une attentive et discrète dame de compagnie.
C’est un cinéma d’une beauté, d’un style incomparable et ici la reconstitution historique, les décors, la façon de filmer toujours en mouvements calmes et maîtrisés donnent aux jeux parfaits des actrices, mais aussi de l’ensemble du nombreux casting, cet allant qui fait du film un accomplissement esthétique exemplaire. Et tant pis si l’histoire est à ce point fournie, fouillée, embrouillée parfois par ceux qui essayent d’en maîtriser toutes les intrigues et sous-intri-gues avec des retours en arrière qui font vaciller la logique.
Le charme opère comme un voyage dans le temps, fait de tendresse, de nostalgie et d’élégance. Nous sommes aux États-Unis, à la campagne, à New-York, et en France, au moment de la Guerre de Sécession. Tout cela est somptueusement reconstitué par une réalisatrice au parcours jalonné de récompenses comme actrice, scénariste, réalisatrice, très remarquée avec Lady Bird (501). Cette troisième réalisation est fastueuse, même si le récit est d’une complexité débordante. Ce qui contribue au charme du film, pas à sa clarté ! L’actrice principale, Saoirse Ronan avait été déjà admirée
dans Lady Bird. Et aussi dans Brooklyn (225). Meryl Streep m’a semblé un peu grimaçante dans le rôle de la tante. Louis Garrel, vu récemment dans le rôle de Dreyfus de J’accuse (710) fait très «acteur français» et c’est amusant de confronter ces styles, à juste raison. Les dialogues abondants et très travaillés donnent aux acteurs un
«abattage» particulièrement dynamique.
De ce foisonnement il faut souligner la dimension féministe que déjà l’autrice du roman américain, Louisa May Alcott, avait traité avec succès. S’il ne faut pas regarder le film à l’aulne de ce militantisme encore si sensible et nécessaire aujourd’hui, cela ajoute indéniablement à l’intérêt d’un spectacle à première vue de charmante reconstitution historique.
Ces petites femmes sont de grands et précoces exemples d’une certaine forme d’émancipation, bien dans l’air du temps.