Clair comme de l’eau de roche, un film structuré d’une main de fer, tourné avec un métier affirmé, une mise en scène aussi variée que possible, bien que les scènes soient essentiellement de discussions, de réunions, de téléphone, de moments en famille. Le personnage pivot est un avocat qui n’a rien ni de glorieux ni de séduisant. Il travaille pour un bureau qui défend les industries chimiques... Mais il va jeter toute son énergie, son obstination est son courage de chevalier blanc, de redresseur de torts dans une affaire de David contre Goliath. Façon Woman in Gold (141), mais ici ce n’est pas le reflet de l’or mais celui de la cendre et du cancer qui plombe la vie de ces gens empoisonnés sciemment par la célèbre société Du Pont qui a lancé sur le marché le Teflon, un produit sournoisement toxique. Et cette usine est l’employeur le plus important de la région qu’elle empoisonne. Ce qui ne va pas faire de l’avocat un ami du peuple !
Et nous assistons à ce combat de prétoire qui s’étend sur près de trois dizaines d’années. Le talent du réalisateur avait ébloui déjà dans I’m not there et Carol (200). Ici il sert un beau sujet militant de façon plus classique. Et toutes les ressources du cinéma américain sont appelées en renfort pour retenir l’attention du public dans une affaire très juridico-chimico-médicale. Avec le soutien d’une musique de piano qui crée l’ambiance.
Les deux questions que l’on se pose sont de savoir comment il est possible de produire un tel film sans changer le nom de la société incriminée (et condamnée par la justice) et pourquoi ne produit-on pas de tels films en Belgique qui auraient, par exemple, la Fabrique Nationale (d’armes de guerre) en ligne de mire ? Il y a encore de nombreux sujets qui mériteraient d’être traités comme celui-ci, avec courage, détermination et efficacité, même si le cinéma est ici simplement mis au service d’une juste cause. Sans plus.