S’il n’y avait pas de Pologne, il n’y aurait pas de (cinéma) polonais, pourrait-on dire en paraphrasant Alfred Jarry.
Et ce film-ci n’est pas d’un genre connu ou banal. C’est de l’anthropologie rude et sans litote.
Nous suivons le parcours d’un jeune polonais qui est en «maison de redressement», et est autorisé à s’éloigner pour travailler dans une scierie et qui, par un subterfuge improbable, histoire donnée comme vraie, succède à un prêtre de village qui a troqué le vin de la communion et l’eau bénite pour de l’eau de vie.
On comprend bien l’idée de présenter un Janus façon rustique, une face de pitbull, une autre de prélat onctueux.
Et la démonstration est haute en couleurs car l’exercice du sacerdoce se fait dans un village martyrisé par un accident «de samedi soir» dans lequel un certain nombre de jeunes fêtards ont été tués par un plus saoûl qu’eux. L’affaire se complique parce que la veuve du chauffeur «tueur» est soutenue par le prêtre usurpateur qui va être reconnu par un camarade du centre dont ils sont issus tous les deux, qui travaille lui à la scierie dont le patron n’apprécie pas ce prélat donneur de leçons sur la pauvreté et l’enrichissement. Bref, nous sommes en pleine complexité d’une forme de cinéma réaliste, filmé à travers un sorte de diffusion comme l’encens la provoque dans les églises lorsque la lumière perce au travers des vitraux.
Bien entendu le faux prêtre va consommer la chair(e), pour son plaisir et le nôtre car il y a des moments assez savoureux, je vous le confesse. Mais d’autres qui sont d’une violence de lapidation. Ce jeune réalisateur en est à son troisième film de fiction et il manifeste un goût prononcé pour le morbide. Et le spirituel.
Parce que, comme aux innocents les mains pleines, les spectateurs eux non plus ne ressortent pas les mains vides : toute la kyrielle des concepts qui tournent autour de l’encensoir sont brassés de façon complexe. Le pardon, la confession, la tentation, l’absolution, la vocation, la rédemption, le mensonge, la foi, le charisme, l’ostracisme, la spiritualité, bref tous les méandres qui forment une chaîne de l’enfer aux cieux immaculés sont convoqués le long de cette histoire aussi inspirante qu’improbable. Quand on n’a pas la foi, difficile d’y croire, mais l’on reste impressionné par la vigueur de ce chemin de croix.