Ce n’est pas l’éruption du Vésuve, mais une lente coulée de lave, flamboyante, qui transforme le regard de façon inattendue et puissante. Un de ces films qui se méritent car ils sont l’expression singulière d’un univers très personnel, d’une sémantique exigeante et qui nécessitent une bienveillance particulière du spectateur car il n’y trouvera aucun des codes qui font d’un film un propos simple, lisible, aux multiples références.
Des références, il n’en manque cependant pas. D’abord celle du paysage de western, écrasé de lumière et isolé du monde. Le film se déroule dans un lieu mal défini, pratiquement sans adultes, mais qui semble situé entre deux mondes justement. Celui d’un immeuble qui marque, au loin, le paysage, et de vastes espaces traversés par des routes dont on ne sait ni où elles vont ni d’où elles viennent, métaphore intéressante des errements des personnages. Une partie semble habitée puisque quelques chambres, un living, des rues désertées jalonnent cet univers qui échappe au sens commun de ce que l’on pourrait appeler un village. Un cabanon de béton, isolé, sera l’égrégore des acteurs du film qui évoquent tant l’avant adolescence (des gosses magnifiques de naturel et de charme) que le début de l’âge adulte sans attaches encore. Deux jeunes hommes superbes, deux femmes mystérieuses incarnent ce moment de recherche, d’incertitude de la vie où tout est possible, mais rien n’est certain. Attrait et méfiance, concurrence et sensualité semblent inspirer ces personnages ayant dépassé à peine le moment de l’apprentissage laissé aux jeunes qui «zieutent» pour savoir comment utiliser leurs corps lorsque l’instinct les envahira. C’est une sorte de partage entre deux groupes qui incarnent bien cette recherche du genre dans ce qu’il faut appeler maintenant «un film queer».
https://www.oxfordbibliographies.com/view/document/obo-9780199791286/obo-9780199791286-0185.xml
https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_queerLes réalisateurs tiennent un langage cinématographique de jansénistes dans cette première œuvre. Garance Marlier vue dans Raw
(381) où je l’avais trouvée un peu faible, tire ici de cette faiblesse une force, celle d’incarner l’incertitude qui rivalise avec la volon-té, celle d’assumer son destin. Vincent Rottiers qui avait été si impressionnant dans Engel (541) fait une nouvelle prestation pleine de mystères et de regards étranges.
Ces échanges de regards, de postures, de provocations, se font de façon feutrée, sans que l’on ne comprenne ce qui les motive et ce vers quoi ils mèneront. Il y a un prétexte, peu exploité, à la vie dans cet univers de «chercheurs» (la symbolique est forte, chercheur d’eux-mêmes et chercheurs de fouilles illégales) ce sont des recherches d’antiquités monnayables au marché noir. Dans un premier temps, les découvertes sont de médiocres pièces sans réelle valeur, mais un buste d’éphèbe va bientôt être mis à jour, nouveau symbole de l’ambiguïté des désirs et des convoitises.
Le récit ténu qui nous fait découvrir ces gens ne nous donne aucune explication : pas d’antagonistes, pas d’obstacles, pas de défis, d’objectifs à atteindre. Rien que cette cohabitation coupée de toute réalité concrète qui mènera cependant à des décisions fortes et multiples. Bref, un film Rorschach baigné dans une lumière somptueuse, cadrée de façon extrêmement maîtrisée, tant les plans statiques, installés, que ceux en mouvement. Images exceptionnelles dues à Florian Berutti découvert dans Braquer Poitiers (à voir si vous en avez l’occasion).
Et la bande sonore est d’un raffinement admirable, rendant la sonorité des lieux, des ambiances d’une façon extrêmement subtile. La musique qui accompagne les séquences est à la fois très discrète et très appropriée, accompagnant rêves et méditations avec une «couleur sonore» qui n’est pas galvaudée. Le montage de Julie Brenta achève de donner à ce film hors norme un rythme qui le rapproche d’une chorégraphie plus que d’un simple déroulement narratif formaté. Laissez-vous tenter par cette introspection, cette fouille au fond de vous-même, à Pompéi.
La production est belge et le tax shelter joue parfaitement son rôle dans le financement difficile d’un premier film aussi peu évident, même si le dépaysement imposait un lieu de tournage ailleurs qu’en Belgique.