Ce n’est pas un secret : le film est un modèle du genre, une réussite exemplaire. Une fois encore, l’histoire (vraie) est assez généralement connue. Une employée des «services secrets britanniques» communique à la presse la preuve d’une manipulation politique majeure de la NSA, en 2003, entre le 9/11 et le début de la guerre avec l’Irak. La National Security Agency est un organisme gouvernemental du département de la Défense des États-Unis, responsable du renseignement d’origine électromagnétique et de la sécurité des systèmes d’information du gouvernement américain. Cette manipulation avait pour objet pas moins que de faire voter par l’ONU une résolution légitimant cette guerre. Et ce qui motive cette
« lanceuse d’alerte » à une époque où le mot leak n’était pas encore entré dans le vocabulaire commun de l’information, c’est tout simplement l’évidence qu’un mensonge se préparait qui allait être mortel pour des milliers de gens, soldats et civils. Eh bien, sur un
sujet aussi austère, rabâché pourrait-on même dire, nous sommes embarqués dans un suspense d’une rare intensité et à certains moments, d’une profonde émotion. La construction du scénario est une merveille d’horlogerie dont le mouvement linéaire est véritablement haletant, du début à la fin. Vous verrez comment, en fait, tout le récit repose sur un flashback qui s’inscrit entre la première et la dernière scène du film. Le réalisateur d’origine sud-africaine réussit ici, après plusieurs productions peu intéressantes semble-t-il, un film d’une rare puissance dans ce monde très fermé, fantasmé, du contre-espionnage. Il faut dire qu’en choisissant Keira Knightley pour «porter» le film, il ne s’est pas trompé. Très remarquée dans Duchess, Anna Karenina (23) The imitation game (107) Everest (161) Colette (588), cette superbe actrice est absolument convaincante. Et toute sa démarche est affaire de conviction intime. La parfaite illustration de «Votre conscience est votre ultime juge».