Pas simple du tout. Ce film que l’affiche annonce déjà comme une pochade franchouillarde, dans la lignée médiocre des films destinés à faire rire grassement, laisse en bouche un goût de saindoux, certes, mais qui ravive de très nombreuses questions que « Black Lives Matter » vient de nous remettre en tête et qui entêtent. Comment vivre cette juxtaposition d’hommes et de femmes qui sont d’origines différentes, la couleur de leur peau le rendant évident. Nous sommes dans la famille cinématographique du très bcbg, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu (54&84) ici façon banlieue ethnique.
C’est un film généreux, « torché » par un réalisateur débutant, qui assume le rôle principal et qui se lance à pleine dents et sans maniérisme dans une aventure que l’actualité nous rend sensible : la police tabasse un noir qui manifeste, les discussions sur les revendications
ethnocentrées, sur les juxtapositions et antagonismes noir/arabe/ métisse/juif/femme sont joyeusement mises à contribution pour alimenter cette comédie sociale, grinçante qui rebondit de numéros d’acteurs, en explications un peu lourdingues pour les spectateurs qui n’auraient pas tout bien compris. C’est souvent drôle et cet humour compense le sentiment un peu navré de voir un travail très amateur. Une singularité remarquable de ce film, c’est qu’il a pour
« ligne conductrice » un reportage fait par on ne sait qui, ni dans quel but, mais qui permet ce «point de vue» un peu abstrait de la caméra qui « filme tout » façon téléphone portable. Et pour vous motiver à aller voir ce film atypique, je signale des scènes de casting succulentes. Le malheureux acteur sans travail en cherche en passant des bouts d’essai avec des réalisateurs hallucinants de connerie et de vérité. La vengeance est un plat qui se mange froid ; Jean-Pascal Zadi a pris le temps de laisser refroidir et c’est si bien vu.