Ce qui d’abord enchante en voyant ce film, c’est la qualité et la personnalité de l’image, sur pellicule argentique super 16, due à Hichame Alaouié et à une équipe de décoration qui a rendu ces décors et cette époque de façon très singulière, homogène, charmante et qui fonctionne comme une madeleine de Proust visuelle. Hichame avait dirigé la photographie d’un autre film très remarquable par son travail de reconstitution d’une époque récente dans Duelles (657) de Olivier Masset Depasse ce qui lui a valu un Magritte de la photographie.
Le prolifique réalisateur signe ici sa dix-neuvième mise en scène et il aborde cette fois un sujet doublement compliqué, celui de la fin de l’adolescence et celui de l’homosexualité façon «découverte très amoureuse et désinvolte». Et disons-le d’emblée, les deux protagonistes sont très convaincants, d’une justesse, d’un cynisme et d’une sincérité selon les moments, tendres ou violents, entiers ou tout en nuance.
Durant leurs moments de vacances, ces deux êtres apprennent à se connaître, se découvrent et vivent une passion brève aussi singulière que violente. Les personnages passent du Casanova en maillots colorés à la fureur possessive et dévorante.
L’intérêt du récit qui aurait pu être un peu lénifiant est admirablement soutenu par une double temporalité. L’histoire commence presque par la fin, puis la continuité chronologique est dominante, avec de brèves séquences qui annoncent les moments importants sans en dévoiler le contenu. Ces ruptures de rythme enrichissent l’intérêt que l’on porte à ces destins. Intérêt soutenu par le recours audacieux à la voix off de l’un des protagonistes, ce qui positionne notre regard de façon bien centrée durant toute l’histoire. C’est son point de vue qui est autopsié. De façon très riche. Richesse à laquelle contribuent de nombreuses scènes avec les parents, un enseignant, une jeune anglaise... Vous serez sensibles aux cadrages très variés des dialogues en face à face, avec parfois des jeux de miroir, des mouvements d’appareil, très élégants (l’inverse de la caméra à l’épaule) qui accompagnent les déplacements et permettent des points de vue d’ensemble qui donnent aux séquences leur uni-té de lieu et leur densité émotionnelle de façon subtile. Une mise en scène très travaillée et sobre, élégante et sans tape-à-l’œil. Un beau film pour l’été 2020. Et un nouvel usage du tax shelter pour un film franco-français. Certes avec un Chef op et des prestations techniques belges.