Comme son titre, ce film est totalement incompréhensible et cependant d’un charme envoûtant. Le cinéma joue à plein son rôle de dépaysement, mais là, il nous emmène dans un environnement naturel absolument désertique, une sorte de toundra jaune habitée par des loups, des moutons, des chevaux, quelques rares êtres humains qui se déplacent à moto, en voiture de police ou à dos de chameau. Nous sommes en Mongolie. Très lentement, par de longs plans larges le plus souvent, une histoire se déroule qui met en relation quelques personnages dont on ne saura rien, sauf leur commun destin d’exilés au bout du monde, confrontés aux mystères de la perpétuation de l’espèce. D’où le titre qui signifie «œuf» en langue mongole, et s’écrit, comme chacun sait : өндөг. Nous ne pourrions qu’à peine reconnaître les protagonistes tant ils sont emmitouflés, filmés de loin, sans ces gros plans qui créent l’empathie, l’émotion. Lorsque la pudeur pourrait être heurtée, l’image devient floue ; amusant. La bande sonore contribue à l’étrangeté, je suis tenté d’écrire à la bizarrerie, du récit. Elle est intéressante à écouter, car peu ordinaire.
La photographie 35 mm scope est très belle, les ciels sont de vrais tableaux qui mêlent le rouge et le noir aux bleus profonds et glacés. Au fil du récit ténu et abscons, l’on s’attache un peu à cet univers, à ces gens montrés dans leur quotidien le plus ordinaire.
Le réalisateur, chinois d’origine, n’en est pas à son coup d’essai et il s’en tient rigoureusement à sa grammaire et à son style, exigeants pour des spectateurs cartésiens biberonnés au cinéma européen et américain. A découvrir donc, courageusement.