Tout le monde connaît Marc-Henri pour sa série culte des « Clap » qui ont enchanté par leur brièveté et leur humour tous les téléspectateurs. Marc-Henri a réalisé plusieurs longs métrages : Just Friends et Kinshasa Kids ainsi que de passionnants documentaires. Le voici utilisateur d’une technique qui se définit avec emphase comme «un film interactif en réalité virtuelle». Difficile à voir car, par nature, la vision nécessite un casque devant les yeux et sur les oreilles. Mais faites tout pour le visionner. Le Jury de La Mostra de la Biennale de Venise 2020 ne s’est pas trompé qui a sélectionné le film dans sa catégorie «VR Expanded».
Le sujet est «simple» à évoquer : nous suivons un moment crucial dans la vie d’un jeune garçon, Mika, qui se fait rejeter de sa famille par la nouvelle épouse de son père, au motif que ce gosse serait ensorcelé. Procédé paraît-il fréquent et qui débouche inéluctablement vers la vie d’enfants des rues pour ces jeunes qui vivent alors en bandes.
La première particularité du film est que le spectateur décide seul des choix qui lui sont proposés dans le cours du récit : quelle séquence voulez-vous voir : La Danse, La Boxe, La Musique ? Et alors s’enchaîne une des suites possibles. C’est dire qu’un tel film peut être vu dans un nombre immense de versions, qui selon les choix,
ont des durées différentes et présentent potentiellement une quarantaine de variantes.
Mais ce n’est pas le seul aspect singulier du film proposé dans ce procédé qui est familier aux jeux qui utilisent cette technique.
Ce qui est fascinant c’est que l’image peut se regarder comme si le spectateur était placé au centre de l’action : vous êtes supposé assis face à une scène de théâtre, mais à chaque instant, vous avez le loisir de regarder sur les côtés, derrière vous ou au sol, ce qui s’y passe. C’est vous dire que votre responsabilité de spectateur n’est pas seulement de choisir la séquence qui va suivre, mais ce que vous regarderez dans chacune d’elles. Et donc, l’envie de revoir le film est grande pour en découvrir d’autres aspects, les contrechamps dirait-on dans un découpage classique. Mais ici, il n’y a pas de découpage, pas de gros plans, pas de traveling qui guident le regard de façon univoque. Le spectateur interagit de façon libre, autonome et cela donne une impression exceptionnelle.
La suite à l’écran ; l’expérience est inimaginable et sans comparaisons. Le sujet du film en est évidemment profondément enrichi et dans un récit qui doit beaucoup (en apparence) au reportage, cette immersion dans la réalité en donne une perception très émouvante.