Harmonium (366) nous avait permis déjà d’apprécier ce singulier talent qui raconte, en mélangeant les époques, une histoire réelle et les scènes rêvées, fantasmées, d’un personnage, de son proche entourage mais aussi d’une pression sociale ici incarnée par les paparazzi, un tout qui se mélangent avec une réalité quotidienne présentée de façon sereine. Cette sérénité est imposée par un usage très puissant des cadres, le plus souvent fixes, de valeurs moyennes qui dévoilent ce dans quoi sont enfermés les personnages.
Le titre anglais me semble infiniment plus intéressant car il suggère déjà ce qui va devenir le point de basculement de la vie de cette infirmière. Le titre japonais est «Profil» qui évoque plus subtilement encore la vision partielle que l’on peut avoir d’une certaine réalité. La vie de cette infirmière est simple : elle soigne des personnes en fin de vie. Et s’attire estime et considération des collègues, des proches. Ce qui la pousse à certaines confidences qui se retourneront contre elle. A travers ce quotidien ténu, le long de ces séquences en sourdine (peu de musique d’ailleurs) transparaît petit à petit l’incertitude de la confiance, le risque du partage, l’inconnu chez l’autre, même le plus proche. Et les rêves inaboutis.
C’est un cinéma qui se déguste par petites bouchées, petites séquences, toutes d’une saveur contrastée, mais qui s’harmonisent avec subtilité. Ce qui rend la lecture de ce récit plus mystérieuse sans doute, c’est l’aspect impavide des actrices même lorsqu’elles sont confrontées à la violence des faits, ou simplement verbale dans quelques rares scènes où le ton monte.
Un cinéma dont la personnalité est forte, singulière et qui réconcilie avec l’envie de découvertes, d’originalité, d’un art qui parfois se répète. Ce film soigne.