Le film ne vaut que par la performance très riche et amusante d’Isabelle Huppert qui n’est, d’habitude, guère rigolote. Nous sommes embarqués dans une histoire de flics de la brigade des stupéfiants qui surveillent un trafic entre le Maroc et la France. La langue arabe est abondamment utilisée et la flic incarnée par Isabelle Huppert la connaît depuis l’enfance. Elle traduit donc, en direct, les échanges captés «sur écoute». Tout cela est un peu pataud, déjà vu, et ne renouvelle pas vraiment le genre. Sauf une circonstance aussi improbable qu’artificielle qui va donner un certain sel à l’histoire.
Mais le scénario est mal travaillé, plein de longueurs et de répétitions, des clichés et des scènes de genre qui ne révèlent aucune surprise. La scène de début a été montrée mille fois : l’intervention violente de la police pour une arrestation censée nous plonger immédiatement dans la problématique du film. Mais après cette «ouverture» au sens de l’opéra, la suite a du mal à prendre de l’ampleur.
S’il pleut très fort un soir où il n’y a rien d’autre à la télé, laissez-vous tenter car il y a des petites choses amusantes, la relation avec la communauté chinoise par exemple. Et un montage de l’image qui dénote une volonté de cinéma, mais qui ne débouche sur rien d’autre qu’un découpage nerveux qui finit par devenir maniéré à force de coupes destinées à rythmer un récit poussif qui n’accélère hélas pas, malgré ce recours à des effets techniques. La musique est utilisée comme des béquilles pour soutenir l’histoire qui n’a pas été assez travaillée au stade du scénario et c’est très dommage. Nous sommes passés à côté d’un polar original et distrayant réalisé par un cinéaste qui n’en est pas à ses débuts mais qui se fait généralement piétiner par la critique.
Comme il n’y a pas que le trafic du shit qui rapporte, il y a aussi celui du tax shelter qui, une nouvelle fois, finance un film français dans lequel on remarque que la musique a été enregistrée à Bruxelles, histoire de justifier quelques dépenses.