Une histoire de co-culs écrites dans une ambiance « psycholi-cière ». Ce qui fait le charme du film, c’est le talent de Karin Viar. Epouse un peu désœuvrée à Vienne d’un chef d’orchestre vedette lourdement incarné par un Biolay qui semble s’ennuyer tout au long du film, elle est active dans la communauté française de cette ville. Ce microcosme est décrit de façon un peu répétitive mais au lance-flamme : les mondanités prétentieuses émaillées de propos de loges de concierges tenus lors de dîners entre amis, des amitiés qui ne sont qu’un vernis vite écaillé.
Si l’on a envie, une fois encore, d’être les voyeurs d’un couple en crise, des stratagèmes d’une épouse aimante qui tente tout pour récupérer son mari mais qui devient la cible d’un malade mental qui va mal finir, entrainant le couple dans un enfer dont on n’est pas certain qu’Orphée et Eurydice sortiront la main dans la main, le film donnera quelques plaisirs, car il est de bonne facture, classique, la caméra toujours à la bonne place, le montage pépère qui ne se fait pas sentir, la musique convenue là où elle doit être. Quelques effets de ralenti qui étonnent, ici ou là des images fantasmées qui pimentent un peu le récit. Ce portrait de femme va à contre-cou-rant de l’affirmation d’indépendance de la personnalité de chacune. Les féministes ne vont pas aimer.
Une absurdité incompréhensible ruine hélas la crédibilité de l’histoire : l’envoi d’un courriel à une liste d’@dresses en postulant que celle de l’expéditeur ne serait pas lisible par les personnes ainsi informées. Mais ce genre d’erreur passe sans que le public ne quitte la salle en ayant l’impression d’avoir été pris pour des ignorants à qui l’on fait avaler n’importe quoi. C’est pourtant un peu le cas. L’on rêve de Clouzot, de Chabrol, de Hitchcock et l’on réfléchit une fois encore à ce qui manque pour rejoindre ces maîtres : le travail sur le scénario ! Et pourtant c’est le premier métier du réalisateur qui compte déjà 5 longs métrages à son actif. En apercevant Lau-rence Bibot vous penserez qu’elle est, avec Raphaëlle Bruneau, les otages du tax shelter, comme quelques prestataires techniques ; et bien vous aurez raison. Le film est même une coproduction Franco-Belge. Qui n’a rien de belge, si non la vue sur la Grand Place depuis une fenêtre de chambre d’hôtel, bien étroite pour sauver les apparences.