Un immense chef d’œuvre, un de ces rares films dont on sait immédiatement qu’il restera un moment phare dans l’histoire du 7e art. Mais attention, ce drôle d’oiseau n’est pas fait pour le chat : âmes sensibles, s’abstenir !
L’élégance de la mise en forme du film est éblouissante. Grand écran (scope) image 35 m/m Kodak noir et blanc, une lumière digne du Caravage, un rendu photographique digne de Cartier Bresson et des meilleurs portraitistes en images argentiques.
Le noir et blanc est bien le rendu des images de cette époque, comme pour La Liste de Schindler. Époque ainsi recréée avec une rare méticulosité (costumes, décors, accessoires, et un casting de
«gueules» exceptionnelles). Les cadres sont d’une grande puissance, alliant les extrêmes gros plans (sur écran large !), les flous d’arrière-plan, les paysages mystérieux, avec des mouvements d’appareil variés, chaque fois à propos et d’une invention, d’une richesse qui aident à maintenir le spectateur dans une tension haletante. Il y a des placements de caméra qui coupent le souffle.
La bande sonore est d’une puissance exceptionnelle, avec des effets et des ambiances qui sont chaque fois percutants.
Aucune musique «extra diégétique» (pour les gens normaux, je traduis : musiques dont la source n’est pas à l’image, mais placées pour l’ambiance) et les rares moments musicaux «diégétiques»
font entendre de l’orgue, de l’accordéon qui accompagnent de façon extraordinaire l’action filmée. Les dialogues sont rares.
De quoi parle-t-on avec tant de talent ? De l’histoire d’un préado-lescent qui va aller d’épreuve en épreuve. Est-il orphelin ? Dans quel pays erre-t-il ? On le découvrira de «station de croix en station de croix» serait-on tenté d’écrire car son chemin est d’une épouvantable cruauté, d’une violence insurmontable. Petit à petit l’on comprend que l’action se passe durant la Seconde Guerre et que cet enfant aux cheveux noirs, devenu pratiquement muet, est d’origine juive. Chacun des 9 chapitres (car le film est découpé de cette façon, avec en titre, le nom des personnes qui seront les protagonistes de l’épisode suivant) amène des épreuves supplémentaires, innommables, que ce garçon doit traverser au prix d’infinies souffrances.
Si vous voulez voir ce que l’être humain est capable de faire subir de pire à ses semblables, allez vous laisser hypnotiser par ce récit ; il est exceptionnel, d’une grande puissance et complètement bouleversant.
Le film est l’adaptation au cinéma d’un roman de Jerzy Kosinski, écrit et publié aux États-Unis. L’auteur appartient à cette catégorie mythomane alcoolisée tapageuse dans les beaux quartiers de N.Y. Peu importe de savoir si les faits évoqués sont réels ou imaginés. Ils sont hélas vraisemblables.