Le film est très intéressant qui nous plonge à la fois dans un univers banlieusard anglais aux accents très prononcés et dans la psychologie très singulière d’une adolescente en crise, et on la comprend. Abandonnée par leur mère (veuve), Rocks part en cavale avec son adorable frère cadet en espérant échapper aux services sociaux. Nous faisons leur connaissance dans leur milieu scolaire, cruel, jaloux, compétitif et c’est un peu vrai, Rocks n’a pas grand-chose
«pour elle». En surpoids, mal fagotée, le verbe haut, très «rentre dedans «, cette adolescente ne se fait pas que des ami(e)s. Et pourtant la solidarité jouera son rôle de soutien durant ce parcours chaotique. Son errance aura des moments qui font penser au bonheur, mais la reprise en main de cette déviance par les services sociaux mettra fin de façon tristounette à cette tentative prématurée, un peu enfantine, de prendre son destin en main.
Le «naturalisme» parfait du traitement visuel accentue l’impression de voir la réalité comme elle est, jamais embellie ou enlaidie, la caméra se substituant simplement au regard que quiconque pourrait, devrait porter sur ces «jeunes» qui expriment leur mal de vivre de façon spontanée, attachante et souvent émouvante.
La réalisatrice avait été très remarquée déjà dans Les Suffragettes (179), une grande production historique. Ici nous sommes à la limite du reportage, avec des jeunes très convaincants recrutés et préparés pour le tournage.
La réussite du film tient essentiellement, à mes yeux, au fait que le casting a été fédéré après de longues recherches, dans un milieu très «inclusif» où se côtoie une diversité à l’image d’un monde souhaité par les uns, rejeté par les autres, celui qui s’enrichit des différences au lieu de les stigmatiser. Les échanges, ce que l’on appelle les dialogues lorsqu’ils sont écrits et restitués fidèlement par des interprètes perroquets, semblent remplacés ici par des jaillissements spontanés, ce qui fait toute la différence entre la fiction et la tranche de vie. Profitez-en, c’est si rare au cinéma.