Peut-on espérer qu’un médiocre écrivaillon qui vampirise les autres fasse un film de qualité ?
Soyons de bon compte, ce réalisateur, auteur et journaliste, a démontré déjà que son travail est singulier, apprécié, célébré même pour le regard qu’il porte sur la société, la police en particulier, qui est celui sans doute d’un «éclaireur». Ici cette accumulation d’images de reportages, souvent amateurs, et vues mille fois déjà, entremêlées de propos très pontifiants et marqués par une banali-té de commentaires convenus et rabâchés, ne manque pas d’intérêt. De quoi s’agit-il ? D’une sorte de ciné-tract comme disaient les 68ards. Mais n’est pas Godard ou Chris Marker qui veut.
Le dispositif est simple : la caméra filme des personnes impliquées (victimes, flics, philosophes, sociologues, journalistes, témoins, manifestants,...) qui regardent sur grand écran des séquences qu’ils commentent. L’idée est bonne et l’émotion parfois intense. Lors-qu’un manifestant énucléé revoit son drame, lorsqu’une victime de la violence policière revit les coups brutaux et injustifiés qu’elle a subi, l’on ne peut rester insensible, distant, face à un spectacle d’une cruciale importance pour la santé de nos démocraties - qu’il est chic de qualifier parfois de démoctature, selon le titre du livre de l’avocat algérien Mokrane Aït Larbi - dont la présentation que je copie ici - dit l’essentiel du propos : « Démoctature » renvoie à notre régime politique où coexistent des éléments formels, des mécanismes juridiques d’un système démocratique et des pratiques qui vont à contre-courant ou vident de tout son sens la souveraineté populaire. C’est de l’Algérie dont il est essentiellement question.
Et tout est dit.
Ce film a bien entendu pour terreau le mouvement des gilets jaunes en France qui a généré une multiplicité de comportements, de confrontations, de révélations sur la capacité effrayante de chaque côté du bâton de s’en servir avec une violence non retenue.
Il ne faut pas tomber dans le manichéisme trumpien qui consiste à renvoyer dos à dos chacun des deux camps. Mais le film aide à réfléchir sur les devoirs et les limites, l’acceptable et l’inacceptable. Chacun est libre de considérer que le film est partisan parce qu’il fait la part belle aux casseurs dont on ne montre pas les excès les plus symboliques (L’intérieur de l’Arc de Triomphe e.a.) ou que les propos visent à comprendre, voire excuser les policiers violents car agressés de façon terrible.
Tout cela se regarde au travers de ses propres filtres et de ses propres valeurs, comme il est bien normal.
Mais ce qui est un peu agaçant, ce sont certains propos oiseux tenus par des intellos aux balcons, qui dégoisent en espérant devenir les Tite-Live ou les Michelet d’une époque en plein bouillonnement. Leurs noms et fonctions ne sont mentionnés qu’au générique, ce qui nous prive d’un élément qui aurait pu ajuster notre écoute. Il aurait peut-être fallu oser un commentaire en voix off...
Cependant je pense que nous devrions tous nous immerger le temps du film, dans ce bouillonnement social et intellectuel qui pose, e.a., la question centrale de la légitimité du recours à la force, pour faire avancer la civilisation plus vers les assemblées et les débats que les rings et les coups bas, d’où qu’ils viennent. Une des questions à laquelle le film hélas ne répond pas clairement à propos de lui-même, c’est l’éternelle et nécessaire interpellation :D’où parles-tu camarade ?
Le titre est une récupération de cette phrase prononcée par un policier qui commente l’image qu’il filme d’une classe agenouillée, les mains sur la tête «Une classe qui se tient sage» dit-il. Et il serait sage de voir ce film qui pousse à réfléchir, là où la réflexion est sans doute la plus nécessaire aujourd’hui pour éviter que la vie politique ne se déplace du Capitole au Colisée.